vendredi 15 mai 2009

Les monnaies dans le mémoire

Quelle joie de finir mon travail! La soutenance aura lieu la semaine prochaine...
D'abord, il faut donner le mémoire à deux professeurs, l'un d'une autre université, l'autre de mon département, pour qu'ils jugent la qualité de mon travail et rédigent un commentaire. Je dois payer, à chacun de ces deux professeurs, 300 yuans (32 euros)...
Une fille diplômée il y a quelques mois a dit qu'elle a payé 1000 yuans(107 euros) en total pour la soutenance de son mémoire de master.
107 euros, c'est à peu près un mois de salaire d'un ouvrier chinois.
Oui, le travail des professeurs mérite ce prix-là, mais pourquoi c'est les étudiants au lieu de l'université qui payent cela?
Yi m'a dit en souriant : " Tu peux aller voir le directeur du département et lui dire que tu es trop pauvre pour avoir la soutenance!" Et puis d'un air sérieux: "Je n'ai jamais entendu parler cette chose-là. Je vais faire une enquête pour savoir si c'est une corruption ou que cela correspond à une nouvelle politique universitaire."

lundi 11 mai 2009

Le surnom des professeurs

J’ai lu l’annonce du deuil d’un professeur de droit et j’en ai parlé avec Yi au cours du dîner.
« Selon l’annonce, c’est un professeur réputé, tu le connaîs puisque tu as étudié dans le département de droit ? »
« Non, je ne le connaîs pas », m’a répondu-t-il, « tu sais, un professeur-avocat comme lui peut gagner énormément d’argent dans la vie. »
« Ah bon ? »
« Mais...ces gens-là n’ont pas amélioré la situation de la justice dans notre pays... »
Ses mots ne m’ont pas étonnée :
« Eux, ils sont des privilégiés qui se foutent du malheur des autres. »
« Des privilégiés, oui, et hypocrites. Quand tu deviendras professeur titulaire, tu connaîtrerais bien cela. »
J’ai ri :
« Oh, ce n’est pas la peine d’attendre si longtemps. Je le sais déjà. »

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Les « professeurs »(教授) ont un surnom donné par les Internautes chinois : « animal hurlant »(叫兽).
教授et叫兽ont la même prononciation en chinois.

dimanche 10 mai 2009

Quelle ivresse de t'avoir à mes côtés...

Je mets ma fleur au couloir pour qu’elle respire sous le soleil qui passe par là-bas pendant quelques dizaines de minutes le matin.
« Ah, qu’est-ce que je suis heureuse ! Rien qu’en la regardant, une joie immense me comble ! » ai dit-je à Yuanyuan.
« Oh, mais elle ne fleurit pas pour toujours. Un jour quand elle flétrira... »
« D’accord, je vais faire comme notre grand poète : ne se réjouir pas des choses ; ne s’attrister pas de soi-même! »

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Ne se réjouir pas des choses; ne s'attrister pas de soi-même


"不以物喜,不以己悲" 

de 范仲淹 (FAN Zhongyan, 989-1052)

Il y a une figure de rhétorique dans ce vers, en fait, c’est : ne se réjouir ni s’attrister pas des choses et de soi-même.


Je l’ai appris à l’école, comme tous les autres collégiens chinois, quand j’avais à peu près 13 ans. Mais petite fille de 13 ans, comment je pouvais comprendre ce que le poète voulait dire ?...


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Ma fleur, si belle à me rendre ivre, m'a fait penser à une chanson dont la parole commence par 沉鱼落雁,闭月羞花 (voir le billet précédent pour comprendre ces huits mots chinois)


La chanson s'appelle 爱不释手(1994, Aimer, non, lâcher, main)


沉鱼落雁 闭月羞花 美得无处藏
人在身旁 如沐春光 宁死也无憾
国色天香 任由纠缠 哪怕人生短
你情我愿 你来我往 何等有幸配成双
啊~让我拱手河山讨你欢  
万众齐声高歌千古传 你看远山含笑水流长  
生生世世 海枯石烂
啊~今朝有你今朝醉呀   爱不释手你的美呀 莫等闲白了发才后悔
啊~今朝有你今朝醉呀   爱不释手你的美呀 让我抱得美人归 让我抱得美人归


Toi, avec ta beauté si éblouissante à intimider tous les autres êtres, dans aucun coin du monde tu ne peux te cacher.
Une fois que tu passes à mes côtés, ta présence me caresse comme le soleil printanier: je n'aurais pas de regrets même si je devais en mourir.
Je veux passer tout mon temps avec toi même si ma vie est tellement courte.

Quelle chance que nous avons si je t'aime et que tu m'aimes !
Si cela te faisait plaisir, je pourrais abandonner mon empire pour toi!
Que tous les habitants de la planète chantent pour féliciter notre amour et que le chant se transmette à travers des siècles!

Regarde, les montagnes lointaines sourient et l'eau coule vers l'infini...
Notre amour vivra pour l'éternité et il ne meurt pas sauf quand la mer sèche et que les pierres pourrissent.

Ah, quelle ivresse de t'avoir à mes côtés, même si cela ne dure qu'un jour!
Que tu m'absorbes avec ta beauté!
Ne voulant pas gaspiller du temps pour regretter quand mes cheveux blanchiront, laisse-moi t'avoir dès aujourd'hui!

vendredi 8 mai 2009

"Intimide la fleur!'



« Si tu regardes tout le temps tes plantes comme ça, elles vont te transformer et vice versa... »
« Ah, c’est bien ! Je deviendrais aussi fraîche et éblouissante que ma fleur ! »
« Oh la la, tu n’as vraiment pas d’ambition ; "intimide la fleur!"»

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Intimider la fleur


沉鱼落雁,闭月羞花 (chen yu luo yan, bi yue xiu hua)
Ces huit mots chinois signifient respectivement : couler, poisson, tomber, oie sauvage, fermer, lune, intimider, fleur. On utilise cette expression pour décrire la beauté d’une femme.


L’origine de cette expression vient de quatre légendes sur quatre fameuses beautés (cliquer pour voir leur portrait)dans l’histoire chinoise. Bref, l’une d’entre elles lave des vêtements au bord d’une rivière où les poissons oublient de nager lorsqu’ils la voient : ils coulent à fond ; l’une fait du violon(chinois) sur un cheval et les oies sauvages oublient de voler lorsqu’ils la voient en écoutant de la musique : ils tombent par terre ; l’une regarde la lune qui, se sentant moins belle qu’elle, se cache derrière des nuages ; la dernière visite un jardin où les fleurs baissent la tête devant sa beauté.

jeudi 7 mai 2009

Premiers secours

Il y a à peu près deux semaines, un étudiant de notre université de la première année est tombé en syncope lorsqu'il faisait la course dans le terrain de sport. Personne sur place n'a su faire les premières secours et il a été mort avant d'être conduit à l'hôpital.
Aujourd'hui, il y a eu une formation des premiers secours dans le campus et j'y ai participé. Il fait beau aujourd'hui.

Le livre à lire

J’ai l’impression que j’ai passé des mois sans lecture et je me sens un peu sèche. J’ai une envie forte de lire un bon livre littéraire.
« Lis Su Shi alors », m’a dit Yi. Il est en train de lire ce grand poète classique chinois depuis ces derniers jours.
« Non, pas un lettré chinois », j’ai refusé sa proposition.
« Pourquoi ? »
« Pas intéressant. »
« Mais en tant que Chinoise, tu devrais bien connaître les auteurs classiques chinois. »
« Je ne pense pas. »
« Ah bon ? Tu veux t’identifier à la culture française ? Tu n’y arriverais jamais ! »
« Non ! Ce n’est pas parce que je suis Chinoise que je dois m’identifier à la culture chinoise ; de même, je n’ai pas l’obligation de m’identifier à la culture française parce que j’étudie le français ! Les cultures ne sont pas comme les camps auxquels on doit s’adhérer. Je me cultive en lisant ce qui m’est nourrissante ; peu importe dans quelle culture qu’un livre soit né. Et pour l’instant, je pense qu’un auteur chinois ne serait pas à mon goût. »
« En fait je crois que la culture occidentale serait meilleure que la culture chinoise... »
« Ah... je suis d’accord avec toi. »
« Mais...il y a tellement de fous dans l’histoire occidentale, des penseurs qui sont devenus fous, alors qu’en Chine, on n’en a pas ou presque. »
« C’est sans doute parce que dans notre culture, ce qui importe, c’est comment vivre alors qu’en Occident, on réfléchit énormément à ce que c’est que vivre. »
Après la promenade du soir, j’ai changé d’idée : ce serait peut-être beau de lire Su Shi avec Yi...
(Pour dire le vrai, le livre qui me séduit le plus pour l'instant, c'est Le Dit du Genji. )

mercredi 6 mai 2009

Les filles paresseuses

« On méprise les filles qui courent après les hommes riches parce qu’elles veulent obtenir de l’argent sans faire des efforts par elles-même, mais on néglige qu’il existe aussi des filles attirées par les expériences et la culture des vieux hommes disons « mûrs », je dirais que ces dernières sont pareilles aux premières : c’est par la même paresse qu’elles veulent s’enrichir en vivant avec les hommes beaucoup plus âgés qu’elles. »
J’ai lu les mots dessus il y a longtemps sur le blog d’un étudiant. J'aime les hommes un peu âgés pas forcément par la paresse, mais par l’admiration de leurs expériences de vie qui font tels qu’ils sont.
Quelquefois je regarde Yi en pensant à ces phrases. Lui, il n’a rien que du courage, de l’avenir et de l’amour sans réserve. C’est déjà très beau pour quelqu’un qui vit à ses côtés.

mardi 5 mai 2009

Les femmes russes résistantes

On est allés dîner à la cantine. Je portais un T-Shirt et j’avais un peu froid.
« Regarde les filles qui portent une robe toute courte. Elles sont vraiment fortes. Elles n’ont pas froid ? » ai demandé-je à Yi.
« Tu sais, les femmes russes, même quand il fait 50 degrés au-dessous de zéro, elles peuvent ne s’habiller qu’en T-shirt. »
« Ce n’est pas vrai ! »
« Si ! C’est ce que m’a dit le doctorant (celui qui fait une thèse sur le marxisme) »
« Mais pourquoi ce qu’il a dit doit être vrai ? »
« Il fait des recherches sur le corps. »
« Il a vécu en Russie pendant plusieurs années ? »
« Non. »
« J’ai vu des films russes et je n’y ai jamais vu une femme comme ça. Yuanyuan étudie le russe et elle n’a jamais parlé de ça non plus ! Donc, je ne crois pas ce que tu as dit. N’oublie pas que je suis sceptique. »
« Bon...Dongdong...»
« Eh ? »
« Si tu doutes de tout ce qu’on te dit, la vie pour toi n’est pas un peu fatigante ? »
A ces mots prononcés d’une voix douce, je suis restée un moment émue et puis j’ai repris ma parole d’un ton tranché :
« Non, je ne doute pas de tout. Un plus un égale deux, ça, j’y crois. Mais il y a tellement de mensonges et de préjugés dans la vie, comment ne pas être sceptique ? Toi, tu es un peu crédule. »
J’ai prononcé en français « crédule » avec sourire et je ne le lui ai pas expliqué. Il l’a compris.
En fait, j’aime bien son côté « crédule » qui adoucirait mon angoisse pour beaucoup de choses. Par exemple, il croit à son amour éternel pour une seule femme.

L'aventure d'un sac à dos

Il y a quelques centaines de mètres entre la sortie du métro et la gare de bus de Nankin.

Le mercredi, je suis sortie du métro en portant un sac à dos. Plusieurs fois j’ai senti le frémissement de mon sac mais je n’ai rien fait comme devant le frémissement des feuilles d’un arbre jusqu’au moment où une idée a surgi : Voleur ! J’ai tourné ma tête, et bien : un jeune homme Ouïgour en face de moi. Je ne me suis pas empêchée de pousser un cri :
« Ah ! »
« Merde ! » m’a répondu-t-il.
Et il s’est tourné. Il ne courait pas, il marchait à grands pas. Stupéfaite, je le regardais avec un coeur qui battait fort. Un homme au bord de la rue me souriait : il était content d’avoir vu une drôle de scène.

Le dimanche, je suis sortie de la gare de bus en portant mon sac à dos où je n'ai mis que des livres . Il y avait beaucoup de monde. J’ai vu tout à coup une fermeture à glissière près de ma main, d’un sac à dos porté par un jeune homme. Le miracle m’est arrivé : j’ai eu, pendant quelques secondes, une impulsion de l’ouvrir ! Pas pour voler, juste pour ouvrir.

Je me suis rappelée un homme qui m’avait dit qu’il avait souvent envie de déshabiller les femmes en uniforme quand il les voyait. Je m’étais moquée de lui et il avait rétorqué : « Ce n’est pas pour les violer ni même faire l’amour avec elles, mais simplement pour les déshabiller ! » Je pouvais parfaitement le comprendre au moment où j’ai contenu mon désir d’ouvrir le sac à dos d’un inconnu.

J’imaginais, lorsque je marchais dans la rue de la gare de bus à l’entrée du métro, que tout le monde autour de moi : jeunes, âgés, femmes, hommes, chinois, étrangers, tous étaient nus. J’ai marché à grands pas en regardant les gens qui avaient l’air tranquille et les voitures somptueuses qui passaient dans ce monde de nudité : un petit sourire fleurissait sur mon visage poussiéreux.

lundi 4 mai 2009

Comment guérir du sceptisme?

J’ai rencontré ma directrice de mémoire dans la rue. Elle n’était pas contente de moi sur ma rédaction du mémoire. Elle a raison : je n’ai pas été très sérieuse dans cette écriture-là et je n’ai pas encore fait la correction et il me reste peu de temps pour déposer une version finale. Je me sens assez désolée pour elle : je suis sa première étudiante chercheuse et je crois qu’elle a espéré de voir un texte excellent que je produirais sous sa direction. Désolée pour moi-même aussi : j’ai eu envie de finir mes études à Nankin par un bon mémoire. Je suis éteinte devant l’écran quand je relis ce que j'ai écrit. Impossible de travailler. Je trouve même absurde de faire les recherches sur la vie d’une mort. Quelle honte que j’aurais si l’on m’appelait « Madame l’expert de Simone de Beauvoir ». L’autre jour, j’ai lu un mémoire de master écrit par une étudiante canadienne sur les lettres d’amour de Simone de Beauvoir à Nelson Algren, son amant américain. C’est très bien écrit mais étrangement je le trouve dégueulasse.
J’ai un peu de nostalgie de ma jeune vie écolière où j’ai fait tous mes efforts pour obtenir les notes splendides dans les examens. Un jour, j’ai su que la plupart des choses que j’avais étudiées étaient fausses. Il suffit d’être trahie une seule fois pour devenir sceptique. J’ai peur de me dire dans un certain temps : « Ah, que j’ai gaspillé ma vie dans ces recherches ridicules ! »
Yi m’a dit pendant un déjeuner: « Tu as tout ce qu’il faut pour réussir ta vie à l’université chinoise. Il ne manque que tes efforts, allez ! »
Je lui ai montré un petit sourire. Si j’aime sa présence à mes côtés, c’est qu’il est désireux, actif, optimiste, comme un soleil qui essaie de chasser le brouillard de nuit dans mon coeur.
J’attends avec impatience ma nouvelle vie à Shanda. J’adore l’enseignement quand j’ai de bons élèves tels que ceux que je rencontre deux fois par semaine à Pukou. Ce sont des heures d’amusement et de tendresse que je partage avec eux dans la classe. Heureusement il y a encore cela dans ma vie, sinon j’aurais pu parfaitement me faire bonzesse.