jeudi 30 avril 2009

Une chaussure en tissu(布鞋)

Une voisine est assise devant sa maison près du champs du blé.
- Ah, c'est mignon!
Elle est en train de faire une chaussure en tissu pour son petit-fils de quatre mois. Elle m'emmène dans sa chambre pour me montrer la photo du bébé.Quand j'étais petite, je portais moi aussi des chaussures en tissu, faites par ma mère. A gauche, le moule de papier. Au milieu, des feuilles de tissus collées qui servent de semelle.

- Les jeunes d'aujourd'hui, moi par exemple, on ne sait pas faire ces choses-là.
- Oh, ne t'inquiète pas. Quand tu auras ton bébé, j'aurai plaisir de lui faire des chaussures!

Pour les vacances du premier mai (五一节)

Yuanyuan m’a demandé : « C’est vrai que tu vas revenir chez tes parents demain ? »
« Oui...enfin je ne suis pas sûr. Je verrai demain matin. »
Ce matin, j’hésitais encore quand je brossais mes dents. Ah, que je détestais me déplacer ! Dès que j’ai imaginé la foule dans la gare de bus, ma tête a commencé à exploser. Je me suis dit : « Mes parents seraient heureux de me voir », « c’est agréable la campagne », « c’est bien de quitter le dortoir pour quelques jours »...etc. Enfin j’ai fait la décision: partir !La fenêtre à travers laquelle je vois quotidiennement une mur, des vélos, des étudiants qui passent et du soleil qui n'arrive jamais dans mon dortoir.En attendant un bus qui allait à la campagne dans une gare de la ville de Nantong, je me suis rappelée ce qu’avait dit un professeur : « Chaque fois quand je mange à la cantine avec la foule qui m'entoure, j'ai envie de disparaître du monde. » Le chauffeur de bus m'a jetée sur le pont au-dessus de cette rivière. A quelques centaines de mètres, c'est ma famille... Derrière notre maison, des champs de blé(qui deviendront des champs de riz en automne). D'ici, je peux voir les maisons des oncles paternels et maternels.
Chez une tante qui m'a fait manger un zongzi(粽子,du riz glutineux enveloppé par une sorte d'herbe sauvage; aliment populaire dans toute la Chine). A gauche, une cousine qui a démissionné à peine de son poste de vendeuse dans une pharmacie d'une toute petite ville où elle a vécu plus de trois ans, à cause du salaire trop peu, d'autant plus que la ville s'éloigne de la famille. Deux ans plus jeune que moi, elle ne sait plus quoi faire pour sa vie. A droite, un cousin à l'année finale de lycée. Il va passer le bac dans un peu plus d'un mois. Ses parents(mon oncle qui fait le transport par bateau et sa femme) paye chaque année au lycée un somme d'argent en plus des frais scolaires pour qu'il puisse faire ses études à la ville.

lundi 27 avril 2009

Monologue au café Village de Banpo

Quelque chose me gêne chez Yi et ses petits copains : ils se croient poètes et penseurs,ils se voient élites de toute la Chine, ils se font confiance de leur réussite dans l’avenir, ils se sentent énormément bien. Moi, j’ai toujours un mal que je n’arrive pas à expliquer au fond de mon coeur, je suis --- comme une pauvre parmi les riches --- un peu malaisée avec eux.

Je pense que ce café va me manquer quand je quitterai Nankin.

J'y ai passé de beaux moments, souvent de la solitude.

jeudi 23 avril 2009

Homme, femme, maîtresse

L’autre jour, mon ami de Suzhou est venu à Nankin sans me le prévenir pour passer l’entretien donné par le département de l’administration commerciale de mon université qui offre la formation de MBA(Master of Business Administration) à Nankin et à Suzhou. J’étais en train de lire dans le dortoir lorsqu’il m’a appelée : « Je suis devant la porte de l’université ! » « Ah bon ?! » Je suis sortie avec une joie inexprimable pour le rejoindre: c'est toujours un grand bonheur de revoir un vieux ami. Il s’habillait en costume, ce qui m’a fait bien rire. A son côté, un couple que je connaissais dont la fille était en costume : elle a réçu elle aussi un entretien. On est allés dîner dans un bon restaurant. Ces trois personnes travaillent tous pour les entreprises des 500 puissants du monde : mon ami pour une entreprise coréenne, le couple pour deux entreprises américaines. Ils s’appartiennent à un monde tout à fait différent de celui de l’université. Ca m'a fait plaisir d'être avec eux pour changer d’air. Ils ont parlé de la crise économique pendant le repas. Selon eux, le marché chinois pourrait sauver le monde de la crise. La preuve, c’est que leurs entreprises n’ont pas cessé d’ajouter l’investissement à Suzhou pour renforcer la capacité de production. « Mais il semble qu’à l’université, on est assez pessimistes pour la crise... », je leur ai dit. « Ha ha, c’est parce qu’à l’université, il y a beaucoup d’étudiants qui n’ont pas trouvé un boulot ! » m’a répondu le garçon du couple. Il y avait en fait un autre garçon qui était venu avec eux mais il n’a pas participé au dîner. Mon ami m’a expliqué qu’il était avec sa maîtresse. « Quoi ?! » « Oui, sa maîtresse est une fille diplômée de notre université et qui travaille dans une entreprise à Shanghai. Il profite de l’occasion de venir à Nankin pour passer le weekend avec elle. » « Sa femme ne le sait pas ? » « Non. J’ai vu sa femme, une femme très belle et sa maîtresse...plutôt banale, physiquement parler. Mais la femme qu’on voit à l’aventure est plus séduisante que la femme avec qui on vit quotidiennement : c’est de la nature de l’homme. » « C’est écoeurant ! » j’ai crié. « Oh, ne te fais pas moraliste. C’est une affaire qui ne fait du mal à personne : l’homme, quand il a trahi sa femme, fait plus de choses plaisantes pour elle ; la femme, pourvu qu’elle n’en save rien, se réjouit de la tendresse du mari ; la maîtresse, pourvu qu’elle ne cherche pas à se marier avec l’homme, vit les plaisirs purs avec lui. N’est-ce pas que tout le monde est content ? » « Oh, tu as toujours raison. Que ta future femme ne te trahisse pas ! » « Ce n’est pas grave pourvu qu’elle ne me le fasse pas savoir. » Bon, que dire de plus...

La justification d'une paresseuse

Ma directrice de mémoire m’a rendue le mémoire il y a plus d’une semaine en me donnant de bons conseils. Il y a donc des choses à ajouter, corriger, changer, mais...je n’ai encore rien fait jusqu’à aujourd’hui : j’étais complètement en vacances et je n’ai aucune envie de reprendre mon travail, de revisiter Madame de Beauvoir. Un jour, Yi m’a demandé : « Comment tu peux être si oisive ? » lorsqu’il est revenue de la bibliothèque alors que je m’étais à peine levée. « Oh, j’ai une longue vie de travail qui m’attend. Pourquoi pas dormir autant que je veux quand je le peux dans ma vie étudiante ? » Je lui ai parlé d’un livre sur l’hédonisme. « Oh la la, ne lis pas n’importe quoi ! » Il a crié dès qu’il a entendu le titre du livre : L’art de jouir. Mais c’est un livre sérieux ! Lisons une citation :

« Toute existence est construite sur du sable, la mort est la seule certitude que nous ayons. Il s’agit moins de l’apprivoiser que de la mépriser. L’hédonisme est l’art de ce mépris. »
(Michel Onfray, L’art de jouir, Paris, Grasset, 1991, p. 20.)

Une esthétique de l'écriture bloggeuse

La vieille mare :
Une grenouille saute dedans :
Oh ! le bruit de l’eau.

Le vent d’hiver souffle.
Les yeux des chats
Clignotent.

"Le travail du haïku, c’est que l’exemption du sens s’accomplit à travers un discours parfaitement lisible ( contradiction refusée à l’art occidental, qui ne sait contester le sens qu’en rendant son discours incompréhensible ), en sorte que le haïku n’est à nos yeux ni excentrique ni familier : il ressemble à rien et à tout : lisible, nous le croyons simple, proche, connu, savoureux, délicat, « poétique », en un mot offert à tout un jeu de prédicats rassurants ; insignifiant néanmoins, il nous résiste, perd finalement les adjectif qu’un moment plus tôt on lui décernait et entre dans cette suspension du sens, qui nous est la chose la plus étrange puisqu’elle rend impossible l’exercice le plus courant de notre parole, qui est le commentaire. "
(Roland Barthes, L’empire des signes, Seuil, 2005, p. 112)

Pour une écriture bloggeuse discontinue de l’instantané et du quotidien, son esthétique doit être proche de celle du haïku.

mercredi 22 avril 2009

La chanson d'un vieux arbre

Devant un vieux bâtiment du campus, il y a quelques grands arbres opulents. Lorsqu’on s’est arrêtés devant l’un d’eux au cours de la promenade, il m’a mise sur une branche qui semblait plus large que mon petit corps. Je m’y suis couchée à l’aise. Au-dessus de ma tête, pas de ciel : des feuilles fraîches sur des branches sombres, sèches et solides qui se croisaient en faisant une vieille chanson qui m’est arrivée à travers des siècles. Il a pensé que c’était un ginkgo. J’ai souri : mon père a planté beaucoup de ginkgos devant la maison et ce n’est pas du tout comme ça, le ginkgo. « C’est quoi alors, cet arbre ? » Je ne savais pas ce que c’était, cet arbre, mais je lui ai parlé du ginkgo, des anecdotes de mon père, de mon enfance, de ma grand-mère...C’est bizarre qu’on s’était parlé de tout entre le ciel et la terre, dans l’histoire et dans l’avenir, sans penser à la famille de chacun. Je lui ai raconté des histoires familliales dans la fraîcheur d’un vieux arbre qui me tenait généreusement dans ses bras. Lui, tranquillement planté à côté de moi, avec ses pieds sur la terre et sa tête sur ma poitrine, m’écoutait comme un bébé. Je me sentais, plus que jamais, proche de lui ; lui que je connaissais à peine.

mardi 21 avril 2009

Je t'aime

« Dongdong ! »
« Oui. »
« Dongdong ! »
« Oui. »
Il m’a appelée d’une petite voix douce dans le noir.
« Dongdong, je t’aime. »
Je suis restée muette pendant quelques secondes sans savoir quoi répondre alors j’ai ri :
« Aaaaaaaaaah bon ? »
Je t’aime, cette fameuse phrase devait être ce qu’il attendait de moi comme réponse, mais je ne suis pas arrivée à la prononcer, pas du tout. Comme une mauvaise actrice sur la scène, je ris aux moments solennels de ma vie.
Dès que j’ai commencé à rire, je n’ai pas pu m’arrêter. Il a dû abandonner tous les mots et les gestes d’amour.
« Dongdong, tu vas être toujours aussi pleine d’entrain même quand tu deviendras une femme de trente ans, de quarante ans ? »
« Bien sûr ! Je garderai ma bonne humeur, même quand j’aurai 100 ans, pour séduire les hommes de 101 ans ! »

Une soirée à Pukou

Je donne le cours de français deux fois par semaine à Pukou, un autre campus de mon université où j’ai passé trois ans, pour le « stage pédagogique » imposé par le département (c’est-à-dire travailler gratuitement pour le département). Yi a un ami qui habite tout près du campus et il m’a emmenée chez lui pour lui rendre visite après mon cours d’aujourd’hui. L’ami de Yi est un homme de trente ans du nord de la Chine qui fait ses études de commerce à notre université mais il est passionné de la philosophie. Il a loué une chambre dans une maison du village qui est à côté du campus. Il est sorti du village pour nous accueillir et nous a accompagnés longtemps après que nous lui avons dit adieu. Yi a dû lui dire : « C’est trop formel ; on est amis, n’est-ce pas ? » Lui, souriant : « Si tu étais venu seul, je t’aurais attendu et dit adieu à la maison, mais c’est la première fois que ta copine est venue avec toi, il faut que je vous accueille et accompagne ainsi. Le rite, c’est important pour la vie. »
J’ai passé une soirée agréable chez lui : lorsqu’il préparait le dîner à la cuisine, Yi a lu quelques extraits drôles dans Le Mencius devant la fenêtre qui donnait sur la colline ; après le repas, on a écouté des chansons que je n’avais pas connues, on a bavardé en buvant du thé. Il faut avouer que je n’ai pas pris beaucoup de plaisir dans les bavardages, mais l’ambiance m’a plu. Quand je suis revenue à la ville, j’ai l’impression d’avoir passé un beau weekend à la campagne.

Ca me fait plaisir et m’inquiète en même temps que Yi m’emmène un peu partout à voir ses amis. Difficile à expliquer pourquoi.

samedi 18 avril 2009

Un photographe dans la montagne

J’ai ouvert mes yeux mais je n’ai pu rien voir : des herbes encombraient ma vue. Des lumières lointaines. De l’odeur farouche du sol qui était juste sous mon nez. Son bras autour de mon cou... Ah, j’ai fait une belle sieste dans ce jardin quasiment sauvage de la montagne Pourpre et Or. Il s’est réveillé lui aussi. Il m’a murmuré des mots qui m’ont fait rire et rêver. Tout à coup, j’ai entendu des pas qui s’approchaient de nous. Un homme, un homme qui prenait des photos, prenait des photos des fleurs et des arbres. « Ce n’est pas la peine de prendre des photos, surtout quand on voyage », m’a dit-il en regardant le photographe. « Pourquoi ? » « Peut-on emporter quelque chose de son voyage chez soi ? Une fleur de ce jardin par exemple ? » « Erh... non. » « Alors. » « Mais c’est touchant quelquefois de regarder les photos qu’on a réalisées il y a quelques ans. On y voit le passé... » j’ai voulu répliquer. Il a souri : « Peut-on emporter quelque chose de sa vie(dans sa mort) ? »...
Depuis que je suis avec lui, je n’utilise presque plus mon appareil photo. A part cela, il y a encore une chose qu’il est contre : l’internet. Il m’a demandé : « Chaque fois que je passe par ton dortoir, je te vois devant ton ordinateur. Qu’est-ce que tu fais avec lui ? » Embarrassée, j’ai répondu : « Erh...je lis les blogs, les actualités...» Alors il m’a parlé d’un de ses profs qui, d’une quarantaine d’années, a averti ses étudiants : « Passez le moins de temps possible à l’internet ! L’internet, c’est le monde des morts(阴间). Moi, s’il me restait trente ans à vivre, je n’aurais que 10 mille jours de vie. C’est très peu ! Il ne faut pas mourir par avance ! Vivons dans le monde des vivants ! »
Ce n’est pas un monde des morts, ici, mais un jardin que je cultive avec mes amis. C’est bien qu’il ne lit pas le français et que je peux garder ainsi un espace propre à moi pour ne pas me perdre dans son univers.

Une conférence sur Zhuangzi

Zig, un garçon qui enseignait le français à l’Alliance française, a donné une conférence sur Zhuangzi hier après-midi dans la librairie Avant-Garde de Nankin. J’ai fait la traduction pour lui, ce qui m’a fait plaisir. Il a fait référence surtout à Billeter, sinologue suisse qui a écrit le livre Contre François Jullien. C’était plutôt une réussite : le public a posé à Zig des questions intéressantes et lui a communiqué leur points de vue sur Zhuangzi. J’avais demandé à Yi et ses copains d’y venir et il n’y avait que lui seul qui est venu : ses copains philosophes ont préféré courir autour du lac. « Ils tomberaient malades s'ils passaient un jour sans courir », m’a dit-il. Après la conférence, j’ai parlé de Zig avec Yi : « S’il continue de travailler ainsi, il va devenir un bon sinologue ! » Yi a souri : « Mais tu sais, son travail ne serait jamais reconnu par les sinologues chinois. » « Ah bon ? Pourquoi ? » « La conférence d’aujourd’hui par exemple, elle est intéressante, mais il me semble que cette recherche dans laquelle on ne se soucie pas du contexte historique n’est pas convaincante...» Yi a parlé d’un de ses professeurs qui avait consacré son mémoire de master et sa thèse de doctorat à Zhuangzi : « Aujourd’hui, il se sent gêné de ce qu’il a écrit dans sa jeunesse. Depuis sa thèse, il n’écrit plus un seul mot sur les maîtres anciens. Il nous parle de temps en temps de ses découvertes récentes dans le cours mais il n’écrit pas. Avant qu’il croie atteindre le niveau de perfectionnement personnel(修身) des maîtres, il n’ose prononcer aucun mot sur eux. » Je me serais moquée de ce genre de mystification des « maîtres », mais devant lui, je ne savais pas dire quoi que ce soit.

jeudi 16 avril 2009

Si tu avais vécu pleinement une vie...

Il faisait humide. Sous les petites feuilles ovales lavées par le vent et la lumière d’avril, il m’a serrée dans ses bras. « Quelle chance qu’on a de venir dans le jardin qu’est la Terre », s’est exclamé-t-il. « L’ennui, c’est que je ne sais pas ce qui arrivera à ce jardin après ma mort », ai dit-je, « ça me tourmente quelquefois. » « Ne pense pas comme ça. Si tu avais vécu pleinement une vie, rien ne t'aurait manqué. Nos ancêtres et nos descendants vivent exactement les mêmes choses que nous même si sous les différentes formes. Nous avons le téléphone portable, l’ordinateur alors qu’ils ont les autres choses, mais nos expériences humaines restent toujours les mêmes. » « Mais la forme signifie quelque chose et peut modifier l’expérience ! L’ordinateur et le portable, par exemple, ont beaucoup changé la vie humaine. » « Tu crois ? » il a souri, « tant mieux si je vivais sans eux ! »

La rencontre avec un monsieur en pyjama

Je me promenais avec Yi après le déjeuner quand il a dit bonjour à un homme au bord du terrain de sports de l’Université : « Hello, Mr. Lu. » Celui-ci, d’une quarantaine d’années, habillé en pyjama, était en train de faire la gymnastique. Il avait une physique asiatique. Je me demandais s’il était japonais ou coréen ou américain d’origine chinoise et il m’a posé des questions en anglais sur moi. Après qu’on s’est dit au revoir, j’ai demandé à Yi qui c’était, ce monsieur anglophone. La réponse m’a étonnée : il était un Chinois qui préférait parler l’anglais que parler le chinois dans sa vie quotidienne. Célibataire, il avait travaillé dans une bibliothèque universitaire et Yi ne savait pas ce qu’il faisait après. « Avec moi, tu peux toujours rencontrer des gens étranges », m’a dit-il en souriant. « Pourquoi tu connaîs des gens étranges ? C’est que tu es étrange toi aussi ? » « Non, je ne peux être plus normal mais je sais admirer ces gens-là. Et souvent, c’est chez les étranges qu’on trouve les remèdes pour les maladies qui atteignent les normaux. »

Partage de midi

Hier soir, on est allés voir Partage de midi, une pièce de théâtre de Paul Claudel mise en scène par J.C. Blondel. J’ai passé trois heures sans que je m’en rende compte : c’était si passionnant. Le scénario était d'une pure poésie et les acteurs étaient magnifiques.On trouve tous les grands sentiments dans cette pièce : amour, haine, désespoir, folie, dévouement, conquête, échec...etc., tout ce qui est luxueux dans notre époque actuelle où l’on se dit que rien n’est très grave. Les spectateurs ne comprenaient pas seulement les francophones et on avait donc la traduction chinoise du scénario sur deux écrans. Yi ne parle pas du tout le français et c’est en lisant la traduction qu’il a vu la pièce. Après qu’on est sortis de la salle, je lui ai demandé si elle lui plaisait. Il m’a répondu : « Oui, mais le scénario aurait pu être moins long. Il me semble que les Français parlent trop. » Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles il a du mal à voir les films français. Lui, il écrit des poèmes dans le chinois classique qui est une langue très concise. Il a passé une semaine dans un temple où il faisait la méditation zen dans le silence. Et il ne supporte pas qu’on exprime une chose par trop de mots. Je me rappelle les premières années de mes études françaises où j’ai eu le même sentiment que lui sur le français et aujourd’hui, que le français me tienne le coeur ! Je vais faire des efforts pour que Yi tombe amoureux du cinéma français. La vie à deux est enrichissante quand on cherche à partager. Il m’a dit que je lisais trop de livres occidentaux et que de plus je les ai lu sans les comprendre vraiment, que « si tu avais lu plus les classiques chinois, les mots comme le néant n’auraient jamais été présents dans ton dictionnaire. » J’aime qu’il me parle des phrases des grands sages anciens.

Ce matin, une fièvre m’a prise. A l’hôpital, le médecin m’a dit : « L’amygdalite. » Ah bon....
Je m’assoyais hier soir dans la salle de théâtre avec à mon côté droit Yi et à mon côté gauche celui qui m’avait accompagnée la dernière fois quand j’avais été attaquée par l’amygdalite. Une amygdalite résistante qui avait duré tout un mois d’avril l’an dernier...

dimanche 12 avril 2009

Avec deux philosophes au supermarché

Ce soir, je suis allée faire les courses avec Yi et ses deux copains. Ils ont fait du vélo pendant la journée et moi, j’ai travaillé une traduction. C’est bien qu’on a notre vie à chacun et qu’on ne devient pas dépendant l’un de l’autre. J’ai revu donc le philosophe qu’on avait rencontré l’autre jour dans la montagne. Il est étudiant de master spécialisé dans la philosophie française. Il a travaillé pendant un an en tant qu’agent d’assurances après ses études universitaires en commerce. Il court 10 mille mètres l’après-midi et prend une douche froide le matin, que ce soit en été ou en hiver. Il mange énormément. Avant d’aller au supermarché, on a dîné ensemble dans un bistrot où il a mangé les nouilles que je ne suis pas arrivée à finir dans mon bol ! Bref, un garçon original. Quant à l’autre, doctorant en marxisme dont le directeur de mémoire est le vice-président de notre Université, un monsieur charmant. Ce jeune philosophe marxiste, il court 10 mille mètres l’après-midi et un autre 10 mille mètres le matin ! Ca m’a fait vraiment plaisir de les connaître. Ah, j’oubliais de parler de Yi. Il est étudiant de master en sociologie. Il a une bonne culture de la littérature classique chinoise. On s’est connus il y a un an dans un cours à option, le même cours que celui dans lequel j’ai connu le garçon qui m’a écrit des lettres d’amour pendant les vacances d'hiver...
Au supermarché, quand les deux philosophes célibataires hésitaient de faire leur choix pour acheter une chose, Yi me demandait de leur donner des conseils et puis je me prenais comme une bonne maîtresse de maison et ils m’ont écoutée : je me sentais très femme à ces moments-là ! Et je suis vraiment contente de vivre parmi les garçons intéressants ! Merci à Dieu qui m’a donné tout ça, encore une fois, au printemps. Si c’était le prix obligatoire, je voudrais payer trois saisons de douleur pour avoir une saison de bonheur pur comme le ciel bleu décoré des fleurs de cerisier!
Soyons heureux.

vendredi 10 avril 2009

La balade à la Tête du Taureau

Seule, je suis partie pour la montagne de la Tête du Taureau dans la banlieue de Nankin
Et j’ y suis revenue avec un garçon, la main dans la main.

On s'est embrassés au fond des vagues de la forêt
où habitaient un lézard bleu, héritier d'une famille
Dont l'histoire dépassait deux mille ans
Et un gros abeille
Qui, au lieu de surveiller ses enfants
nous regardait en dansant

On s'est embrassés au dernier étage d'une pagode
Datant de je ne sais pas quelle époque
On s'est vite lâché les bras
Pour ne pas choquer les disciples de Bouddha

On a rencontré un de ses amis
Qui nous saluait sur un rocher
Philosophe nihiliste, il s'est plaint
De n'avoir rien vu dans cette montagne nue
Mon garçon ne lui a rien répondu
mais juste donné un petit baiser sur mon nez.

Il m'a parlé de lui en chemin de retour
Du philosophe qui croyait à la fin du monde
Qui arriverait selon lui dans six mille jours
« Tu as pensé à la mort ? »
J’ai réfléchi pendant quelques secondes
Et n’ai pas trouvé d’autres réponses que celle-ci :
« La conception de la mort m’échappe pour l’instant.»
Puis je lui ai souri, au garçon qui s'appelait Yi.

jeudi 9 avril 2009

Voyager dans un mémoire

C’est la première fois que j’ai rédigé un mémoire si long, en français de plus (je sais d’ailleurs que 50 pages, ce n’est rien pour un étudiant français en master), comme si j’ai vécu un combat dûr. Je ne me moquerai plus jamais des docteurs qui ont été pour moi des gens académiques ennuyeux. C’est trop facile de dire que « ah cet enfant est intelligent » sans voir ce qu’il ou elle a déjà fait. Je me croyais plus intelligente que la plupart de mes camarades et des doctorants du département, juste comme une enfant qui a entendu trop d’éloges venant de ses parents et de ses voisins. C’est trop facile d’avoir quelques idées malices et vagues ; le vrai travail, c’est de les exprimer d’une façon convaincante aux autres.
La rédaction d’un mémoire, c’est comme un voyage. Avant d’y arriver, j’ai eu des connaissances sur le lieu par ma lecture ou par les autres moyens. Mais ce n’est qu’en l’exploitant sur place que j’en ai une connaissance plus profonde et quelquefois de belles surprises. Le voyage est pour les gens forts de la physique et du moral parce que c'est souvent épuisant et la rédaction d’un mémoire c’est pareil. Merci à ceux qui m'ont accompagnée dans ce voyage beauvoirien. Maintenant je suis trèèèèèèès contente de revenir chez moi, c'est à dire dans ma vie quotidienne. Vive le printemps !

(M) Pour la découverte d'une existence de l'ambiguïté

Je trouve ça un peu ridicul mais drôle: au moment où j'ai commencé à écrire l'introduction, j'ai eu beaucoup de peine parce que je ne comprenais pas exactement pourquoi j'ai écrit ce mémoire et de quoi j'y ai parlé exactement. Et voilà enfin...un peu comme d'abord vivre et puis expliquer sa vie.
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Titre: Procréer ou créer pour une existence de l’ambiguïté : de la maternité chez Simone de Beauvoir

Table des matières

I.La mort
1.1 La procréation et l’immortalité
1.2 Le sens de la finitude de Simone de Beauvoir
1.3 L’écriture et l’immortalité

II. La solitude
2.1 L’enfant : un lien au monde
2.2 La solitude d’Anne
2.3 L’écriture pour surmonter la solitude


III. Le sens de la vie
3. 1 La procréation futile

3.1.1 La facticité du corps
3.1.2 L’enfant qui se crée par lui-même
3.1.3 La démythification de la maternité
3.1.4 Le bonheur absurde
3.2 La sens de l’écriture
3.2.1 La création absurde ou justifiable
3.2.2 L’écriture et la vie
3.2.3 L’écriture autobiographique de Simone de Beauvoir

Conclusion

Après les analyses sur trois thèmes de l’existence beauvoirienne qu’on vient de faire, on voit les liens entre sa vision du monde, son choix de la vocation d’écrivain et son refus de la maternité. Elle a choisi d’écrire au lieu d’enfanter pour assouvir son désir de l’éternité, de surmonter la solitude et d’accomplir sa vie. On voit en même temps par la lecture de ses écrits que son attitude n’est pas si tranché qu’elle l’a exprimé dans des discours publiques. Les nuances qu’on a remarquées se concentrent sur ces points-ci : Simone de Beauvoir a perçu le charme de la reproduction et de la survie de l’individu par la procréation dans le rapport avec sa fille adoptive ; elle affirme la valeur de la formation des enfants comme une mission de former des êtres heureux ; elle a des doutes sur l’écriture qui pour elle ne constitue pas un absolu. Simone de Beauvoir, c’est avant tout une personne de l’ambiguïté :
En tant que philosophe, elle voit à la fois la grandeur et l’insignifiance de l’existence humaine. L’homme, « roseau pensant », il est conscient du monde qui l’écrase. Il se sent sujet suprême dans ses actes qui l’amènent vers l’extérieur et vers l’avenir et il fait encore partie du monde, comme une des choses qui n’ont pas de raison d’être.
Individu, elle a à la fois le désir de l’immortalité et le sens de la finitude de la vie. L’instruction catholique qu’elle a reçue dans son enfance lui a donné un goût de l’éternité qu’elle ne perdra pas pour toute sa vie. La philosophie existentialiste lui permet pourtant de voir la finitude de la vie humaine. Elle vit dans l’angoisse et la force dues à ce conflit.
Femme, elle possède à la fois du mépris et de l’envie pour la maternité. Selon sa philosophie, la procréation est de produire des masses contingentes et donc futile, mais selon son expérience de vie, surtout celle avec sa fille adoptive, elle trouve touchante d’avoir quelqu’un qui ouvre une nouvelle perspective pour sa vie.
Ecivain, elle sent à la fois la magie et l’impuissance de l’écriture. Elle réalise par la création la liberté qui donne du sens à sa vie. Elle remarque pourtant que l’écriture l’empêche d’avoir des « extases » et de se réjouir dans le monde, ce qui est pour elle une douleur puisqu’elle s’attache tant à la vie. L’écriture autobiographique, c’est la conciliation qu’elle a faite pour régler le divorce entre sa vie et sa création.
Simone de Beauvoir a depuis longtemps une image public de la froideur et de la radicalité. On répète ou critique les slogans qu’elle a suggérés, ce qui est nuisant pour le public. Le présent mémoire permettrait de montrer l’ambiguïté de sa vie et de sa pensée qui se trouve en chacun de nous. La regarder de près au lieu d’écouter ses slogans, c’est vouloir s’approcher d’une vie réelle et humaine, à laquel on peut puiser sagesse, courage et force. C’est dans ce sens qu’on peut dire que son oeuvre sert à l’humanité, c’est ce qu’elle a voulu d’ailleurs.
Les réflexions que Simone de Beauvoir ont faites sur la maternité ne sont pas seulement métaphysiques mais aussi sociologiques puisque l’individu humain même si métaphysiquement seul, il vit toujours dans la société où il n’a pas une liberté absolue. C’est ce qu’on n’a pas traité dans ce mémoire et ce serait un autre sujet qui attendrait la future recherche à fouiller.

Introduction

La procréation est parmi les actes individuels les plus surveillée par la société depuis l’histoire humaine. Elle est liée à l’instinct, aux morales de la sexualité et du mariage, au développement économique, à la religion...etc. L’enfant est héritier du père pour une famille riche, travailleur pour une famille paysanne, âme qui sert Dieu pour une famille catholique, survie de tous les ancêtres pour une famille confucianiste...En un mot, l’enfant est nécessaire dans ces sociétés-là et l’individu se sent obligé d’avoir des enfants pour qu’ils servent à quelque chose. Ce n’est que depuis le siècle dernier, avec tous les grands bouleversements économiques, culturels et sociaux tels que le développement des techniques anticonceptuelles, le mouvement de la libération des femmes, la transition de la société religeuse à la société consommateuse, que l’enfantement constitue plutôt un choix libre qu’une obligation pour les individus. La liberté qui attribue la dignité à l’homme lui apporte en même temps les angoisses puisque l’homme doit justifier son choix et en prendre les responsabilités. Comment choisir ? Chacun a sa réponse. Simone de Beauvoir ( 1908-1986 ), philosophe et écrivain française, qui est connue surtout comme compagnon de vie de Jean-Paul Sartre, grand philosophe existentialiste et comme auteur de l’ouvrage historique du féminisme : Le deuxième sexe, elle refuse sa propre maternité en disant que la maternité est une « servitude[1] » imposée aux femmes. C’est important d’examiner de près son attitude puisqu’en tant qu’une des intellectuels les plus importants dans l’histoire française au 20e siècle, sa pensée a exercé et exerce encore une influence inégligeable aux habitants de notre planète.
Simone de Beauvoir est née dans une famille bourgeoise sans fortune à Paris. Elle a reçu l’éducation catholique dans son enfance et réussi au concours de l’agrégation où elle a rencontré Sartre son futur compagnon de vie pour devenir professeur de philosophie dans des lycées. Devenue écrivain qu’on nomme plus tard existentialiste et féministe, elle a publié de nombreux oeuvrages philosophiques et littéraires tels que Le deuxième sexe(1949), Pour une morale de l’ambiguïté(1944), La vieillesse(1979), L’invitée(1943), Tous les hommes sont mortels(1946), Les mandarins(1954, Prix Concours)....Passionnée de l’écriture autobiographique, elle a écrit plusieurs volumes de mémoires y compris Mémoires d’une jeune fille rangée(1958), La force de l’âge(1960), La force des choses(1963), Une mort très douce(1972), Tout compte fait(1972), La cérémonie des adieux suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre (1981). Elle s’est engagée dans les luttes politiques surtout pour le mouvement de la libération des femmes.
La recherche qu’on a mené sur Simone de Beauvoir se divise principablement en trois domaines : philosophie existentialiste, création littéraire, pensée et engagement féministe. De nombreux d’ouvrages et de thèses y sont consacrés. Mais depuis que le poststructuralisme et le déconstructionnisme tiennent la légitimité dans les universités au niveau mondial, le climat intellectuel français ne favorise plus la recherche sur Simone de Beuvoir : on l’a définie comme une rationaliste qui a même favorisé le « phallogocentrisme[2] ». Or, la publication postume des documents et des écrits a ressuscité l’intérêt des chercheurs. On a parlé d’elle, par exemple, dans les journaux parisiens à propos de la parution en 1997 des Lettres à Nelson Algren. On a jugé que ces lettres d’amour montrent la face cachée de Simone de Beauvoir[3]. Le fruit des nouvelles recherches basées sur les journaux intimes et les correspondances publiés après sa mort s’est vu au colloque parisien au janvier 2008 à son centenaire. L’année 2008 a téloigné plusieurs ouvrages importants sur sa vie et sa pensée y compris Castor de guerre[4], Simone de Beauvoir : écrire la liberté[5], Simone de Beauvoir : le goût d'une vie[6].
Comme Simone de Beauvoir n’a été introduite en Chine que dans les années 80 avec la publication de la traduction du deuxième sexe, la recherche beauvoirienne est énormément retardée en Chine qu’en France. Ce n’est qu’à l’année 1992 que le premier livre des études beauvoiriennes[7] ont vu le jour. Depuis lors, des chercheurs universitaires chinois ont consacré des articles académiques et des mémoires de master à l’auteur du deuxième sexe. On peut remarquer cependant que des chercheurs chinois surtot non francophones ne font que répéter ce qu’ont fait les chercheurs français il y a très longtemps, à cause du problème de la langue et de l’aquis des documents, bien qu’on avoue leur contribution inégligeable à la réception de l’oeuvre de Simone de Beuvoir en Chine.
Parmi les recherches sur Simone de Beauvoir, il ne manque pas celle consacrée au thème de la maternité, que ce soit dans le cadre féministe ou littéraire. On ne proteste pas contre l’idée que Simone de Beauvoir est une philosophe qui contamne radicalement la maternité. Au colloque qui a eu lieu en 1997 dirigé par Julia Kristeva de la commémoration du 10e anniversaire de la mort de Beauvoir, elle a fait la correction concernant la maternité : ce que Beauvoir désigne comme esclavage est pour elle une garantie de civilisation[8]. Eliane Lecarme-Tabone, dans son intervention[9] au colloque de Nankin en novembre 2008, souligne aussi que le refus de la maternité de Simone de Beauvoir ne peut pas devenir un impératif universel. Pourquoi Beauvoir refuse sa maternité ? Lecarme-Tabone l’explique bien : ce refus est pour Beauvoir « un choix spontané dès son adolescence et comme une décision d’écrivain soucieux de ménager sa liberté de création ». Ecoutons maintenant les explications données par Beauvoir elle-même.
Elle parle de son refus de la maternité dans le deuxième volume de ses Mémoires La force de l’âge : d’abord, elle n’aimait pas les bébés bien que les enfants un peu plus âgés la charmaient. Et puis, si avoir des enfants, c’est pour resserrer les liens du couple, elle n’en avait pas besoin puisque le bonheur que Sartre lui apportait était compact. Elle ne souhaitait pas d’ailleurs prolonger l’existence de Sartre ou sa propre existence par la procréation. Quand elle pensait aux fils ou aux filles qu’elle pourrait avoir, ils lui paraissaient comme des étrangers puisque ses relations avec ses parents qui manquaient l’affection depuis son adolescence lui ont donné aversion pour la vie familiale. Tout cela pour dire que la procréation ne l’a pas attirée. Mais il y en a une raison plus profonde, c’est qu’elle ne peut toujours pas justifier la procréation qui à ses yeux ne fait qu’accroître vainement le nombre des êtres qui sont sur terre. A quinze ans, quand son amie Zaza lui a dit que d’avoir des enfants valait autant que d’écrire des livres. Elle en était « scandalisée ». Mais comment comparer ? L’écriture, qu’elle a choisie à quinze ans comme sa voie, sa necessité, sa vocation, qui peut, pensait-elle, justifier le monde et sauver sa propre existence, comment la comparer avec la procréation ? L’écriture et l’enfantement sont pour elle un conflit et elle n’en peut choisir qu’un. Elle dit : « On ne s’étonne pas qu’une carmélite, ayant choisi de prier pour tous les hommes, renonce à engendrer des individus singuliers. Ma vocation non plus ne souffrait pas d’entraves et elle me retenait de poursuivre aucun dessein qui lui fût étranger[10]. » Qu’est-ce qui fait qu’elle sanctifie l’écriture et trouve futile la procréation ? Quels sont les liens entre sa vision du monde, son choix d’écrivain et son refus de la maternité ? Les documents auxquels on puise pour répondre à ces questions sont constitués de mémoires, romans, essais, journaux intimes et correspondances de Simone de Beauvoir. On trouve trois thèmes essentiels: la mort, la solitude et le sens de la vie pour comprendre son choix et son refus.
Dans le premier chapitre, on va d’abord analyser le rapport entre la procréation et l’immortalité puisque la fonction fondamentale de la procréation est la survie de l’espèce, et puis l’attitude de Simone de Beauvoir sur l’immortalité d’où l’on découvre son sens de la finitude et paradoxalement son désir de l’immortalité, enfin le rapport entre l’immortalité et l’écriture. Le deuxième chapitre sera consacré à la solitude qui existe inévitablement avec la mort qui menace chaque être. On va analyser respectivement le rôle de la procréation et de l’écriture dans la liaison d’un individu au monde qui permet de surmonter la solitude. Au dernier chapitre, les analyses seront développés autour de la question suivante : le destin humain est un échec avec la mort et la solitude, semble-il, peut-on encore trouver un sens de la vie ? Simone de Beauvoir contamne selon la philosophie existentialiste la procréation à l’insignifiance et considère l’écriture comme une nécessité qui pourrait dévoiler le sens de sa vie. Le chapitre sera divisé en deux parties : l’une sur la procréation et l’autre sur l’écriture. Dans la première partie, on analysera le corps de la mère qui est de la contingence et de la facticité selon Beauvoir et on découvrira son goût pour la présence des choses. Le critère existentialiste pour juger la valeur d’une entreprise risque chez elle de s’effondre. Ensuite, on va examiner la deuxième thèse que Beauvoir défend contre la maternité : l’enfant se crée par lui-même. Pas tout à fait, si l’on croit à la féministe Melanie Klein qui met l’accent sur la contribution de la mère à la création du soi de l’enfant. On n’oubliera pas que la maternité reprochée par Simone de Beauvoir c’est surtout une maternité obligée et mystifiée et qu’en fait, elle n’est pas radicalement contre la maternité elle-même selon Le deuxième sexe. La formation de l’enfant peut être une entreprise valable, dit-elle, et « des enfants, c’est de fomer des êtres heureux[11] » qui semble une mission douteuse qu'on discutera la possibilité de réaliser. La partie suivante est sur le sens de l’écriture chez Simone de Beauvoir. On découvrira que l’écriture ne constitue pas une valeur absolue pour elle à cause de son attachement à la vie et à la présence du monde. Pour surmonter l’écart entre l’écriture et la vie, elle fait l’autobiographie. Elle y est arrivée ?
On trouvra que le refus de la maternité de Simone de Beauvoir est lié étroitement à sa vision du monde et à son choix de la vocation d’écrivain. C’est en unifiant les trois directions de la recherche beauvoirienne : philosophie, création littéraire, féminisme, qu’on oserait dire qu’on s’approche encore un peu à son âme et qu’on perceverrait une vie riche et ambiguë qui a été la sienne, une vie toute humaine comme celle de tout le monde.

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[1] Simone de Beauvoir aujourd’hui, P. 72.
[2] Simone de Beauvoir dans tous ses états, p. 303.
[3] Ibid., p. 312.
[4] Danièle Sallenave, Paris, Gallimard, « Blanche ».
[5] Jacques DEGUY, Sylvie LE BON DE BEAUVOIR, Paris, Gallimard, « Découvertes Gallimard. Littératures ».
[6] Jean-Luc MOREAU, Paris, Écriture, 2008.
[7] 李清安,金德全编著:《西蒙娜·德·波伏瓦研究》,中国社会科学出版社,1992.
[8] Cf : Ingrid Galster, Beauvoir dans tous ses états, Tallandier, p. 312.
[9] Elle n’a pas pu venir au colloque et c’est moi qui ai traduit son texte qui est publié dans une revue de la critique culturelle chinoise. 见《粤海风》杂志,2009年第一期,第60页。
[10] La Force de l’âge, Gallimard, 1960, p.92.
[11] Le deuxième sexe, t. II, p. 380.

mercredi 8 avril 2009

Le viol des enfants

L’autre jour, j’ai lu un billet du blog d’une jeune mariée qui écrivait qu’elle avait discuté avec son mari sur leur futur enfant : elle préférait une fille et lui, un garçon. Celui-ci donnait sa raison : c’est plus difficile pour une fille que pour un garçon de grandir et de vivre dans le monde actuel. En plus des maux qu’elle doit se confronter pareils aux ceux pour un garçon, elle a encore un risque : l’homme. Je me disais en lisant ce billet que le mari exagérait, mais quelques jours plus tard quand j’ai lu une actualité avec colère, je suis devenue d’accord avec lui.
Dans un district de la province du Guizhou au sud de la Chine, des jeunes écolières de moins de 14 ans ont été violées dans une maison de prostitution par les hommes y compris fonctionnaires d’Etat, députés, professeurs qui cherchaient des vierges. Un certain « secrétaire » a donné ses instructions au juge : « Il faut prendre au sérieux ce cas de prostitution des jeunes filles... » Mais les enfants ne sont pas les prostituées, elles ont été violées ! Eux, fonctionnaires, professeurs, ils n’ont pas d’enfant, pas de fille ? Ce serait une humiliation pour les animaux d’appeler ces hommes-là bêtes ! Citation d’un internaute qui a lu l’actualité : « J’ai souvent l’impression que de vivre dans ce pays, c'est de vivre dans une poubelle. »
Combien de douleur les enfants victimes doivent supporter dans leur vie actuelle et future ? Je peux très bien l’imaginer. J’ai été suivie et attaquée à vélo par un homme un matin d’hiver quand j’avais 12 ans, en chemin vers l’école. Heureusement je me suis débarrassée de lui. Tous mes professeurs l’ont su puisque je n’ai pas arrêté de pleurer en cours. Maman m’a demandé avec inquiétude : « Est-ce que l’homme a enlevé ton patanlon ? » Et j’ai dit que non. Et puis mes parents ont demandé à un garçon de ma classe quelques ans plus âgé que moi qui habitait près de chez nous de m’accompagner tous les jours à l’école. Et ce garçon-là, j’ai gardé des souvenirs terribles de lui : il avait enlevé mon patalon quand j’avais moins de sept ans et la scène avait été vue par une des mes tantes qui s’était moquée de moi ; un autre jour, il était venu chez moi et je m’étais pas levée. Il s’assoyait près de mon lit et il a voulu me montrer sa ceinture. Je me suis levée tout de suite et sortie de la chambre... Et j’ai des souvenirs d’un autre garçon voisin qui m’a emmenée au lit de ses parents qui n’étaient pas à la maison...Et les autres. J’ai senti toujours quelque chose de dangereux que je ne savais pas nommer à ces moments-là et je me suis enfuie. Je dirais que l’enfant peut avoir un désir sexuel aussi et même plus fort qu’un adulte, et que les hommes adultes peuvent avoir un goût écoeurant pour les petites filles. J’ai été une enfant très sensible aux hommes à cause de ces aventures. J’ai gardé la peur jusqu’à mes vingt ans pour un homme quiconque dans la rue pourvu qu’il soit derrière moi pendant un certain temps. Je faisais des cauchemars dès que j’ai vu une scène de viol à la télé. J’avais peur de la nuit. Je fermais tout minutieusement les fenêtres et les rideaux de ma chambre pour que personne n’y pénètre. J’étais en malaise quand j’étais toute seule avec...papa dans une même chambre. Je n’osais pas ouvrir la porte pour un voisin sans dire un inconnu quand j’étais seule à la maison... Bref, j’étais comblée des complexe et je ne me sentais pas en sécurité. C’est une des raisons pour laquelle je n’ai pas beaucoup de nostalgie pour mon enfance L’avantage d’être adulte, c’est qu’on a moins de peurs qu’un enfant avec des connaissances sur le monde. Aujoud’hui si j’étais violée, et bien, le plus important ce serait de savoir si l’homme était propre ; je vomirais et ferais des cauchemars pour quelque temps mais je ne me tuerais pas. Dis donc l’homme est vraiment si animal ? Il ne sait pas se contrôler un peu ? Les hommes ont sans doute des soucis que les femmes ne connaissent pas, mais je suis d’accord avec le mari de la jeune mariée que c’est plus difficle pour une fille que pour un garçon de grandir dans le monde actuel. Protégez vos petites filles si vous en avez.

mardi 7 avril 2009

Les vieilles tombes de la famille

Si vous lisez Ebolavir, vous connaissez ce que c’est la fête de la claire lumière(Qingming), une fête traditionnelle chinoise pour commémorer les ancêtres de la famille. Je ne suis pas revenue chez mes parents. Papa m’a appelée le lendemain : « Tu sais qu’hier, c’était le Qingming ? » « Ah, j’ai oublié ! » (mais comment c’est possible avec l’internet ? Donc j’ai menti.) J’avais eu envie de passer la fête avec eux, mais j’étais trop angoissée pour voyager. C’est bizarre que je n’ai jamais passé une seule fois cette fête dans la famille : ce jour-là, dans mes souvenirs, je suis toujours à l’école et pourtant c’est une fête importante. « Tu as rendu hommage à tes ancêtres papa ? » « Oui, tout le monde était allés devant les vieilles tombes de la famille (que je ne connaîs pas du tout). » « Où c’est ? » « Près de la maison de ton cinquième oncle ». J’ai posé ensuite une question qui m’inquiétait : « Papa, il y a des cousins ou cousines qui sont revenus au village pour aller aux tombes ? » « Oui, ils étaient tous là. » Je me sentais tout de suite coupable et papa m’a assurée : « Ce n’est pas grave. » Lorsque sa mère a été morte il y a quelques années, je lui ai demandé : « Il faut que j’assiste aux funérailles ? » Il m’a dit : « Trop de bruits et trop de gens à la maison. Ne rentre pas si tu ne veux pas. » Et comme j’ai détesté me déplacer avec le transport pénible entre la ville et la campagne, je ne suis pas revenue, ce que je me reproche jusqu'à aujourd’hui. Je me promets d’aller visiter les vieilles tombes de ma famille l’année prochaine. C’est touchant quelquefois les cérémonies qui ne restent déjà plus beaucoup dans notre vie. Au côté droit de la ruelle, entre deux champs, c'est une tombe de je ne sais pas quelle famille. Lorsqu'on se promène à la campagne, on en voit partout sous forme du sein. Nos ancêtres chinois sont génials de créer cette forme et de dormir pour toujours dans le sein de la terre. Je me rappelle que les empereurs chinois s'enterrent dans les montagnes; c'est de la même idée?

Pas loin de ma famille, il y a un parc commercial de tombes. Je ne sais jamais qui se sont enterrés là-bas. Je n'y suis entrée qu'une seule fois dans ma vie avec mes petits copains d'enfance. Maman m'a critiqué sévèrement jusqu'à ce que je pleure et je n'ose plus jamais y mettre mes pieds. Pour elle, les tombes sont habitées par les esprits qui apportent les maladies et même la mort aux vivants. Et je comprends un peu, je crois, pourquoi je suis toujours absente à la fête de la claire lumière: maman veut me protéger...

L'hiver dernier, j'ai réalisé quelques photos de près avec deux tombes que je trouvais belles, mais je les ai supprimées de peur ou de respect de je ne sais pas quoi. On grandit et on reste enfant pour certaines choses.

La question du jour

Je me pose souvent des questions pénibles. Voici la question du jour : je me plonge dans l’oeuvre de Simone de Beauvoir ; je cite ses phrases ; j’essaie d’éclairer sa pensée ; je suis familière de sa vie, alors que pendant des semaines, je ne voit personne, je n’ai pas de sorties (pourtant que le soleil est terriblement beau !), je manque le printemps court et éblouissant de l’année, comme c’est triste ! N’est-ce pas que je sacrifie ma vie pour ressusciter celle d’une autre ? Même pour quelques semaines, je le trouve horrible. Ma vie n’est pas aussi glorieuse mais beaucoup plus précieuse pour moi que la sienne. La question suivante : si je ne sacrifie pas ma vie pour elle, qu’est-ce que je peux faire ? Et bien, je la sacrifie pour une autre personne ou pour une certaine chose, c’est sûr. Notre société humaine n’est pas pour ceux qui ne travaillent pas. Quelqu’un m’a dit : « Le dicton que j’aime le plus, c’est : ne travailler pas ! vivre ! » C’est possible, Monsieur ? On ne vit pas dans un forêt : on mange et puis on se met au soleil, on dort ou on rêve. Je le veux bien, mais dommage que je ne sais pas manger les herbes crues !
Bon, c’est l’heure d’arrêter de me plaindre et de revenir au boulot.
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Ici, c'est la chanson du soir.
De piano et de er'hu(二胡, instrument musical traditionnel chinois).
Composée par un étudiant de Nanda ma chère université et interprétée par une étudiante(er'hu) et lui-même(piano). Ils sont forts!

L'enseignement et les recherches

Le chef provisoire du département de français de Shanda(qui n’a pas de professeur titulé pour nommer chef officiel ) m’a envoyé un message tôt le matin pour m’exprimer la bienvenue et pour dire qu’il allait m’envoyer par email un programme d’enseignement de l’année scolaire à venir. C’est un étrange sentiment de recevoir un tel message : ah bon ? C’est vrai que je vais vivre à Ji’nan ? Jusqu’au mars encore je n’ai eu aucune idée sur cette ville . Et ce ne sera pas un voyage : je farai un petit tour et je reviendrai, mais je vais y passer des années ! L’idée de faire l’enseignement m’enchante d’ailleurs : je peux quitter les recherches même si temporairement(pour au moins trois ans selon la politique de Shanda et un an selon l'accord entre mon professeur et son ami).
L’écriture du mémoire est un véritable supplice pour moi. C’est à la fois physique et moral. Depuis ces temps-ci je reste devant mon ordinateur plus de 12 heures par jour. Même si je ne trouve rien à écrire, je suis obsédée par le mémoire et je ne veux pas quitter l’ordinateur. Et puis je suis convaincue par l’idée que je produirai une ordure (je ne m’inquiète pas pourtant de mon diplôme ). L’analyse des textes n’est vraiment pas mon point fort. Quand j’écris un mémoire, j’ai l’impression de revenir à ma vie lycéenne où j’ai passé beaucoup d’examens mathématiques très dûrs. Les mathématiques m’intimident depuis mon enfance même si j’en prenais quelquefois de très bonnes notes. En plus des critiques des livres, je ne suis capable non plus d’écrire les critiques du cinéma. A l’époque où je regardais des films avec Florence, elle avait l’habitude d’en écrire des critiques que je trouvais très bons sur son blog ou sur des sites d’internet et moi, je pouvais pleurer des heures après qu’un film avait fini et ne trouver rien à écrire sur lui. Je ne sais pas analyser et là-dessus je manque de formation suffisante dans mon département. La plupart des professeurs ne font rien dans les cours : ils sont occupés par leurs recherches personnelles ou leur businesse. On bavarde n’importe quoi pour attendre la fin du cours. L’avantage pour les étudiants, c’est qu’on a suffismment de liberté de faire ce qui nous plaît. J’espère quand même que je pourrai maîtriser la méthodologie des recherches littéraires. Cela me permettra d’avoir un esprit plus clair et plus organisé pour écrire des articles un peu plus longs que les billets du blog : )

Si j'avais pu choisir...

Un site commercial de la Chine a réalisé une emquête en 2008 sur l'envie et la vision de l'enfantement des Chinois:

J'ai lu tous les 670 commentaires et c'était pour moi une lecture TRES intéressante. Je me demande si je peux consacrer un chapitre dans mon mémoire pour analyser cette emquête...

Voici quelques uns que j'ai traduits :

"Avoir des enfants fait partie de la nature humaine. Chacun a le droit de faire son choix en tant qu’individu, mais si ça devient une mode dans les masses, c’est comme encourager le suicide !
De point de vue économique, on ne tire pas de profits par l’enfantement. Les gens qui abandonne d’avoir des enfants trouvent bien sûr leur raison à l’époque actuelle où l’économie compte plus que tout.
L’homme est de la nature et la nature aime la vie. Homme, j’ai deux enfants. Les joies et les douleurs que je ressens ne peuvent pas être comprises par les non-parents, mais qu’ils ont tellement de liberté, j’en suis envieux aussi. Qu’on respecte le choix de chacun !"
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"Tu(auteur du commentaire ci-dessus) sais bien parler par les grands mots...La vie est finalement triste. Que tu sois heureux ou malheureux dans ta vie, tu es solitaire et triste à sa fin. Pourquoi les empereurs à l’antiquité ont voulu tous l’immortalité ?(la citation d'un empereur) La vie elle-même est un voyage triste quand elle avance vers la fin. Le vieillessement, les maladies, la mort, personne ne peut y échapper.(...) Si j’avais pu choisir, je n’aurais pas voulu être né même si je serais un millionnaire !"
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"On a choisi d’être un couple DINK(Double/Dual Income No Kids), ce n’est pas parce qu’on est égoïste. On comprend mieux que ceux qui ont choisi d’engendrer,nos responsabilités de l’avenir et sa pression.
En face de la pollution aggravée, des frais scolaires augmentés chaque année, des problèmes de la sécurité de la nourriture qui ont lieu chaque jour, on ne peut pas demander à l’Etat de nous donner des promesses et des assurances , on ne peut que nous contraindre. On comprend mieux que ceux qui ont des enfants la cruauté de la société. "
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"Mon enfant est à l’école primaire. Je peux dire que les plaisirs que l’enfant apporte à mon mari et moi sont si rares ! Nous sommes déjà fatigués par notre travail et des autres, il y a encore l’enfant ! Des querelles pour la formation de l’enfant. J’ai abandonné beaucoup de choses qui me plaisaient à cause de l’enfant. Si je pouvais faire mon choix de nouveau, je ne voudrais absolument pas un enfant !"
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"Le monde actuel est si terrifiant. Si l’homme pouvait décider lui-même d’être né ou pas après qu’il ait su les tristesses du monde, combien de gens qui voudraient y venir ? "

dimanche 5 avril 2009

(M) Le sens de l'écriture

La la la...Il ne me reste que l'introduction et la conclusion à écrire. Voici le dernier chapitre. Il manque de suffisemment d'analyses convaincantes dans ma critique sur l'autobiographie de Simone de Beauvoir, je le sais, mais c'est vraiment ennuyeux de lire minutieusement son autobiographie(ce que j'aime de son oeuvre, c'est son essai et son roman.). Si mes professeurs ne sont pas très exigents, je me laisse tranquille (bon, ce n'est pas une attitude que doit avoir un chercheur... )
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3.2 Le sens de l’écriture
Contrairement à Camus qui pense que l’existence huamaine est absurde tout en niant qu’elle peut se donner un sens, Simone de Beauvoir emploie la notion « ambiguïté » pour la définir et pour dire que « le sens n’en est jamais fixé, qu’il doit sans cesse se conquérir[1]. »

3.2.1 La création absurde ou justifiable

Qu’est-ce que l’ambiguïté de la condition humaine selon Simone de Beauvoir ? Elle commence Pour une morale de l’ambiguïté par cette description :

« Animal raisonnable », « Roseau pensant », il s’évade de sa condition naturelle sans cependant s’en affranchir ; ce monde dont il est conscience, il en fait encore partie ; il s’affirme comme pure intériorité, contre laquelle aucune puissance extérieure ne saurait avoir de prise, et il s’éprouve aussi comme une chose écrasée par le poids obscur des autres choses. A chaque instant il peut saisir la vérité intemporelle de son existence ; mais entre le passé qui n’est plus, l’avenir qui n’est pas encore, cet instant où il existe n’est rien. Ce privilège qu’il est seul à détenir : d’être un sujet souverain et unique au milieu d’un univers d’objets, voilà qu’il le partage avec tous ses semblables ; à son tour objet pour les autres, il n’est dans la collectivité dont il dépend rien de plus qu’un individu.

L’ambiguïté de la condition humaine, c’est la vérité de la vie et de la mort, de la solitude et de la liaison au monde, de la liberté et de la servitude, de l’insignifiance et de la souveraine importance de chaque homme et de tous les hommes. D’assumer l’ambiguïté de la condition huamaine, c’est d’avouer sa part d’échec : l’homme est «une passion inutil », dit Sartre, mais cela ne veut pas dire que l’homme est contamné sans recours. La passion de l’homme ne trouve aucune justification extérieure, mais elle peut se justifier elle-même. Le sens de l’existence peut se dévoiler quand l’homme réalise ses projets et tend vers les fins qu’il pose. Pour Simone de Beauvoir, l’écriture est une entreprise justifiable parce que l’auteur, en se faisant créateur, donne les causes et les fins à l’oeuvre qui est donc douée de la nécessité et du sens contrairement à la vie qui est de la contingence et de l’inutilité.
Camus analyse au chapitre « La création absurde » dans Le mythe du Sisyphe où il n’offre selon lui-même que « la descriptionn à l’état pur, d’un mal de l’esprit[2] » qui est l’absurde. Il affirme au départ la valeur de la création :

Dans cet univers, l’oeuvre est alors la chance unique de maintenir sa conscience et d’en fixer les aventures. Créer, c’est vivre deux fois[3].

L’homme dans sa création ne sent que sa conscience et oublie l’absurde. L’oeuvre devient ainsi un refuse à l’absurde, semble-il. Mais on a tort. L’homme absurde vit dans un monde qui le touche non par sa profondeur mais par sa diversité. Tout ce qu’il peut faire, c’est d’éprouver et de décrire au lieu d’expliquer et de résoudre. L’oeuvre d’art (ce dont parle Camus c’est surtout la création romanesque ) n’est que le fruit d’une description qui suit « l’indifférence et la découverte[4] » et dans laquelle le raisonnement s’arrête :

L’oeuvre d’art naît du renoncement de l’intelligence à raisonner le concret. Elle marque le triomphe du charnel. C’est la pensée lucide qui la provoque, mais dans cet acte même elle se renonce. Elle ne cédera pas à la tention de surajouter au décrit un sens plus profond qu’elle sait illégitime. L’oeuvre d’art incarne un drame de l’intelligence, mais elle n’en fait la preuve qu’indirectement. L’oeuvre absurde exige un artiste conscient de ces limites et un art où le concret ne signifie rien de plus que lui-même. Elle ne peut être la fin, le sens et la consolation d’une vie. Créer ou ne pas créer, cela ne change rien. Le créateur ne tient pas à son oeuvre.

L’homme absurde ne cherche pas de trouver un sens par sa création. Il accepte de vivre sans appel et de travailler et créer sans appel. C’est avec détachement et pour consommer la passion inutile qu’il crée. Dans ce sens, Simone de Beauvoir n’est pas une créatrice absurde parce qu’elle écrit avec tout sauf détachement. Elle tient à son oeuvre, elle la considère comme le salut de son existence : l’oeuvre arrache sa vie « au temps et au néant[5] » et lui promet l’éternité . Elle a, comme Sartre, une sorte de foi pour l’écriture(voire chapitre 1.3 « L’écriture et l’immortalité » ), et elle n’a jamais exprimé d’une façon explicite comme ce qu’a fait Sartre dans Les mots l’abandon de cette foi.


3.2. 2 L’écriture et la vie
J’ai dit que Simone de Beauvoir avait une sorte de foi pour l’écriture, ce n’est pas tout à fait vrai. Avoir quelque chose comme une foi, c’est de le regarder comme un absolu et auquel on ne pose pas les questions. Cela est le cas de Sartre, mais pas celui de Simone de Beauvoir. On voit leur divergence sur le rapport de l’écriture et de la vie :

Sartre vivait pour écrire, il avait mandat de témoigner de toutes choses et de les reprendre à son compte à la lumière de la nécessité ; moi, il m’était enjoint de prêter ma conscience à la multiple splendeur de la vie et je devais écrire afin de l’arracher au temps et au néant[6].

Cette divergence se reflète dans leur vie commune. Beauvoir raconte dans La force de l’âge une histoire bien illustrative : un après-midi, ils regardaient un grand paysage d’arbre et d’eau ; elle s’est exaltée et a reproché à Sartre son indifférence. Celui-ci lui a expliqué qu’un écrivain ne devait pas être suffoqué par la joie ou l’horreur : il fallait les dominer pour les exprimer[7]. Mais exprimer, c’est pour quoi ? Autrement dit, pourquoi l’écriture compte plus que la joie qu’apporte la vie ? Sartre avoue qu’il trouvait la vie « fastidieuse[8] » et qu’il en a fait un « instrument[9] » de sa mort. Il préparait sa mort avec l’écriture qui lui permetterait l’éternité de son oeuvre et de son nom. Il ne s’aimait pas (dans combien de mesure à cause de sa physique qu’il jugeait lui-même « laid » ? ) et il chargeait ses descendants de l’aimer à sa place dans un avenir où il revivrait avec son absence charnelle et son charme. « Entre neuf et dix ans, je devins tout à fait posthume », dit-il. Pour lui qui n’aimait pas la vie, ce n’était pas difficile d’attribuer une valeur suprême à l’écriture tout en se détachant de la vie alors que Simone de Beauvoir, par les passions pour la vie, elle a des doutes sur l’écriture:

Je me disais que les mots ne retiennent la réalité qu’après l’avoir assassinée ; ils laissent échapper ce qu’il y a en elle de plus important : sa présence[10].

La présence, c’est du charnel, du concret. Sartre y tient peu. Dans Les mots, on peut lire l’histoire ci-dessous qui s’est passé dans son enfance : un ami de son grand-père qui s’appelait M. Simonnot n’a pas apparu dans une fête à l’institut où travaillait son grand-père. Celui-ci a dit : « Il y a quelqu’un qui manque ici : c’est Simmonot ». Cette phrase a frappée le petit Sartre qui s’émerveillait devant sa découverte : un homme avait sa place faite. La place pour lui, c’est « un néant creusé par l’attente universelle, un ventre invisible d’où, brusquement, il semblait qu’on pût renaître[11]. » Mais si M. Simonnaut avait eu apparu parmi les gens qui même « s’étaient jetées sur sa main pour la baiser[12] », il n’aurait pas eu cet émerveillement : « la présence charnelle est toujours excédentaire[13] », dit-il. Contrairement à Sartre, Simone de Beauvoir est quelqu’un qui aime le monde charnel et concret(voir chapitre 3.1.1 « La facticité du corps ») Le divorce entre l’écriture et la vie l’angoisse parce qu’elle veut faire des livre et qu’en même temps elle s’attache beaucoup à la vie. On ne s’étonne donc pas que le genre littéraire qui la charme et qu’elle pratique beaucoup, c’est l’autobiographie : rendre son oeuvre la plus proche possible de sa vie.

3.2. 3 L’écriture autobiographique de Simone de Beauvoir
Sur l’autobiographie de Simone de Beauvoir, on connaît ses Mémoires d’une jeune fille rangé, La force de l’âge, La force des choses, Une mort très douce, Tout compte fait, La cérémonie des adieux. C’est donc un grand édifice qu’elle a construit pour conserver les traces de sa vie. Elle est arrivée à sauver par l’écriture la « présence » qu’elle chérit de sa vie ? Ou comme Sartre lui a dit, c’est une mission contamnée à l’échec[14] ?
La « présence » égale à peu près le « phénomène » dont parle Camus dans « La création absurde ». Selon lui, l’ambition d’un auteur ne se situe pas dans l’explication qui est vaine, mais dans la sensation et la description du « paysage toujours vierge des phénomènes[15] », d’où vient une règle d’esthétique :

La véritable oeuvre d’art est toujours à la mesure humaine. Elle est essentiellement celle qui dit « moins ». Il y a un certain rapport entre l’expérience globale d’un artiste et l’oeuvre qui la reflète, (...) Ce rapport est mauvais lorsque l’oeuvre prétend donner toute l’expérience dans le papier à dentelles d’une littérature d’explication. Ce rapport est bon lorsque l’oeuvre n’est qu’un morceau taillé dans l’expérience, une facette du diamant où m’éclat intérieur se résume sans se limiter. Dans le premier cas, il y a surcharge et prétention à l’éternel. Dans le seconde, oeuvre féconde à cause de tout un sous-entendu d’expérience dont on devine la richesse[16].

Plus d’explication(raisonnement) dans l’oeuvre, plus qu’elle s’éloigne de la vie. Selon cette conception, que Simone de Beauvoir veuille ressusciter sa vie par l’autobiographie est voué à l’échec parce que l’autobiographie est tout sauf la description détachée d’une vie. D’abord, l’intention de l’éternité de l’autobiographe. Et puis, écrire son histoire, c’est d’« essayer de se construire », de rechercher « le sens et l’unité[17] » de sa vie. Prenons Mémoires d’une jeune fille pour exemple, Simone de Beauvoir y construit l’image d’une jeune fille qui recherche la liberté en se débarrassant de son milieu bourgeois catholique[18]. Les lecteurs reconnaissent facilement dans ce récit d’enfance et d’adolescence l’auteur du deuxième sexe. En fait, si l’on lit Cahier de Jeunesse, jounaux intimes de la jeune Simone, on trouve des écarts tel que : Beauvoir n’était pas si décidée de s’allier avec Sartre dans ses journaux que dans son autobiographie[19]. C’est avec l’idée de la Liberté qu’elle a reconstruit par les mots sa vie de jeunesse. Simone de Beauvoir dit que l’existence est de l’ambiguïté mais son récit sur sa vie est bien trop clair !
C’est avec la lecture de ses journaux intimes, correspondances et romans qu’on peut connaître une vie concrèt et complexe de Simone de Beauvoir comme celle de tout le monde[20]. Elle ne pense pas seulement à liberté, nécessité, éternité, toutes ces idées abstraites, elle aime la vie furtive mais réelle, elle peut être comblée par la simple présence du monde. L’idée est une chose facile mais dangereuse qui peut faire sacrifier notre vie : « l’homme n’est pas une idée[21] », dit le docteur Rieux dans La peste. Beauvoir s’approche plus de Camus que Sartre, dans une certaine mesure, avec leurs passions communes pour la vie. Elle voulait pratiquer ce que Camus appelle la « création absurde » : éprouver et décrire. Simplement elle n’a pas su comment faire en perdant trop de temps à chercher le sens de sa vie par l’écriture autobiographique. Si Mémoires d’une jeune fille rangée était nécessaire pour expliquer la naissance de sa personnalité, La force de l’âge et La force des choses n’auraient pas eu les raison d’être mis au jour : tout est dit dans L’invitée et Les mandarins. Si ces deux livres ont leur valeur, c’est une valeur documentaire et non esthétique. Quant à Tout compte fait, c’est encore pire. Il suffit de lire le premier chapitre dans lequel elle se pose les questions suivantes pour analyser sa vie : « Comment se fait une vie ? Quelle est la part des circonstances, de la nécessité, du hasard, des choix et des initiatives du sujet[22] ? » La littérature meurt où le raisonnement règne.
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[1] Pour une morale de l’ambiguïté, p. 160.
[2] Le mythe du Sisyphe, p. 16.
[3] Ibid., p. 130.
[4] Ibid., p. 132.
[5] La force de l’âge, p. 21.
[6] Ibid.
[7] Cf. La force de l’âge, p. 49.
[8] Les mots, p. 162.
[9] Ibid.
[10] La force de l’âge, p. 50.
[11] Les mots, p. 77.
[12] Ibid.
[13] Ibid.
[14] « Sartre trouvait oiseau de déplorer cet écart entre le mot et la chose, entre l’oeuvre créée et le monde donné : il y voyait au contraire la condition même de la littérature et sa raion d’être ; l’écrivain doit en jouer, non rêver de l’abolir : ses réussites sont dans cet échec assumé. » (La force de l’âge, p. 50.)
[15] Le mythe de Sisyphe, p. 131.
[16] Ibid., p. 134-135.
[17] L’autobiographie en France, Philippe Lejeune, Armand Colin, 1998, p. 58.
[18] Danièle Salleve dans son intervention au colloque de Nankin en novembre 2008 démontre comment se fait cette construction.
[19] Barabara Klaw : Simone de Beauvoir, Cousin Jacques du journal intime à l'autobiographie, au colloque à Paris, janvier 2008.
[20] C’est justement avec cette méthode que Danièle Sallenave a écrit Castor de Guerre, biographie de Simone de Beauvoir publiée en 2008.
[21] La peste, p. 180.
[22] Tout compte fait, p. 12.

vendredi 3 avril 2009

La demande de la réaction

Je suis en train de lire Signes de vie de monsieur Philippe Lejeune. Au chapitre « Tout lire », il raconte comment il a eu l’idée de fonder l’APA . Il a reçu des textes autobiographies écrits par des gens « ordinaires » et il était embarrassé pour deux raisons : l’une, c’est l’avenir de ces textes, l’autre, c’est :

Quand je lis un livre publié, ou un texte déposé en archive, je n’ai aucun compte à rendre de ma lecture à l’auteur. Je reste libre. Ici, ce n’est pas le cas. Je suis en contact direct avec lui, il me demande une réaction.

Ces phrases m’évoquent des résonnances. Je veux parler d’un des avantages du blog. Quand on a envie d’écrire à quelqu’un, on pense d’abord à la lettre ou à l’email. Mais les questions se posent dans des circonstances: s'il ne veut pas me lire ? Ou qu'il ne veut pas me répondre après avoir lu ce que je lui ai écrit ? Dans ce cas-là, s’il est poli, il répondra avec politesse mais avec malaise, ce qui est pour moi gênant de lui imposer une obligation ; sinon, il restera tout simplement silencieux, ce qui me blessera. Et le blog peut résoudre ce problème. : s’il a envie de me lire, il visite dans sa liberté mon blog ; s’il a envie de me répondre, il laisse des commentaires ou m’écrit par lettre ou email. Un blog sans commentaires ni même lecture est comme une lettre écrite qui n'est pas envoyée: cela ne dérange personne. La demande de la réaction est donc beaucoup moins évidente sur un blog que dans une lettre, ce qui libère à la fois celui qui écrit et celui qui lit.

mercredi 1 avril 2009

Quatre saisons

En rue vers le lycée.
« Regarde, que les feuilles sont jolies avec ce vert-là ! C’est bien le printemps ! »
Je soulève la tête : ah, c’est vrai.
« Un vert aussi fraîs que la peau du bébé ! »
« Et puis en été, le vert devient plus profond, en automne, les feuilles commencent à tomber, en hiver...tout comme la vie humaine. »
Elle rit : « Oh la la, les filles qui étudient la littérature ! »
J'ajoute en riant : « Et qui sont insupportables ! »