- Ah, c'est mignon!
- Les jeunes d'aujourd'hui, moi par exemple, on ne sait pas faire ces choses-là.
- Oh, ne t'inquiète pas. Quand tu auras ton bébé, j'aurai plaisir de lui faire des chaussures!
Au printemps
Je pense que ce café va me manquer quand je quitterai Nankin.
J'y ai passé de beaux moments, souvent de la solitude.
On trouve tous les grands sentiments dans cette pièce : amour, haine, désespoir, folie, dévouement, conquête, échec...etc., tout ce qui est luxueux dans notre époque actuelle où l’on se dit que rien n’est très grave. Les spectateurs ne comprenaient pas seulement les francophones et on avait donc la traduction chinoise du scénario sur deux écrans. Yi ne parle pas du tout le français et c’est en lisant la traduction qu’il a vu la pièce. Après qu’on est sortis de la salle, je lui ai demandé si elle lui plaisait. Il m’a répondu : « Oui, mais le scénario aurait pu être moins long. Il me semble que les Français parlent trop. » Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles il a du mal à voir les films français. Lui, il écrit des poèmes dans le chinois classique qui est une langue très concise. Il a passé une semaine dans un temple où il faisait la méditation zen dans le silence. Et il ne supporte pas qu’on exprime une chose par trop de mots. Je me rappelle les premières années de mes études françaises où j’ai eu le même sentiment que lui sur le français et aujourd’hui, que le français me tienne le coeur ! Je vais faire des efforts pour que Yi tombe amoureux du cinéma français. La vie à deux est enrichissante quand on cherche à partager. Il m’a dit que je lisais trop de livres occidentaux et que de plus je les ai lu sans les comprendre vraiment, que « si tu avais lu plus les classiques chinois, les mots comme le néant n’auraient jamais été présents dans ton dictionnaire. » J’aime qu’il me parle des phrases des grands sages anciens.
Après les analyses sur trois thèmes de l’existence beauvoirienne qu’on vient de faire, on voit les liens entre sa vision du monde, son choix de la vocation d’écrivain et son refus de la maternité. Elle a choisi d’écrire au lieu d’enfanter pour assouvir son désir de l’éternité, de surmonter la solitude et d’accomplir sa vie. On voit en même temps par la lecture de ses écrits que son attitude n’est pas si tranché qu’elle l’a exprimé dans des discours publiques. Les nuances qu’on a remarquées se concentrent sur ces points-ci : Simone de Beauvoir a perçu le charme de la reproduction et de la survie de l’individu par la procréation dans le rapport avec sa fille adoptive ; elle affirme la valeur de la formation des enfants comme une mission de former des êtres heureux ; elle a des doutes sur l’écriture qui pour elle ne constitue pas un absolu. Simone de Beauvoir, c’est avant tout une personne de l’ambiguïté :
En tant que philosophe, elle voit à la fois la grandeur et l’insignifiance de l’existence humaine. L’homme, « roseau pensant », il est conscient du monde qui l’écrase. Il se sent sujet suprême dans ses actes qui l’amènent vers l’extérieur et vers l’avenir et il fait encore partie du monde, comme une des choses qui n’ont pas de raison d’être.
Individu, elle a à la fois le désir de l’immortalité et le sens de la finitude de la vie. L’instruction catholique qu’elle a reçue dans son enfance lui a donné un goût de l’éternité qu’elle ne perdra pas pour toute sa vie. La philosophie existentialiste lui permet pourtant de voir la finitude de la vie humaine. Elle vit dans l’angoisse et la force dues à ce conflit.
Femme, elle possède à la fois du mépris et de l’envie pour la maternité. Selon sa philosophie, la procréation est de produire des masses contingentes et donc futile, mais selon son expérience de vie, surtout celle avec sa fille adoptive, elle trouve touchante d’avoir quelqu’un qui ouvre une nouvelle perspective pour sa vie.
Ecivain, elle sent à la fois la magie et l’impuissance de l’écriture. Elle réalise par la création la liberté qui donne du sens à sa vie. Elle remarque pourtant que l’écriture l’empêche d’avoir des « extases » et de se réjouir dans le monde, ce qui est pour elle une douleur puisqu’elle s’attache tant à la vie. L’écriture autobiographique, c’est la conciliation qu’elle a faite pour régler le divorce entre sa vie et sa création.
Simone de Beauvoir a depuis longtemps une image public de la froideur et de la radicalité. On répète ou critique les slogans qu’elle a suggérés, ce qui est nuisant pour le public. Le présent mémoire permettrait de montrer l’ambiguïté de sa vie et de sa pensée qui se trouve en chacun de nous. La regarder de près au lieu d’écouter ses slogans, c’est vouloir s’approcher d’une vie réelle et humaine, à laquel on peut puiser sagesse, courage et force. C’est dans ce sens qu’on peut dire que son oeuvre sert à l’humanité, c’est ce qu’elle a voulu d’ailleurs.
Les réflexions que Simone de Beauvoir ont faites sur la maternité ne sont pas seulement métaphysiques mais aussi sociologiques puisque l’individu humain même si métaphysiquement seul, il vit toujours dans la société où il n’a pas une liberté absolue. C’est ce qu’on n’a pas traité dans ce mémoire et ce serait un autre sujet qui attendrait la future recherche à fouiller.
Introduction
La procréation est parmi les actes individuels les plus surveillée par la société depuis l’histoire humaine. Elle est liée à l’instinct, aux morales de la sexualité et du mariage, au développement économique, à la religion...etc. L’enfant est héritier du père pour une famille riche, travailleur pour une famille paysanne, âme qui sert Dieu pour une famille catholique, survie de tous les ancêtres pour une famille confucianiste...En un mot, l’enfant est nécessaire dans ces sociétés-là et l’individu se sent obligé d’avoir des enfants pour qu’ils servent à quelque chose. Ce n’est que depuis le siècle dernier, avec tous les grands bouleversements économiques, culturels et sociaux tels que le développement des techniques anticonceptuelles, le mouvement de la libération des femmes, la transition de la société religeuse à la société consommateuse, que l’enfantement constitue plutôt un choix libre qu’une obligation pour les individus. La liberté qui attribue la dignité à l’homme lui apporte en même temps les angoisses puisque l’homme doit justifier son choix et en prendre les responsabilités. Comment choisir ? Chacun a sa réponse. Simone de Beauvoir ( 1908-1986 ), philosophe et écrivain française, qui est connue surtout comme compagnon de vie de Jean-Paul Sartre, grand philosophe existentialiste et comme auteur de l’ouvrage historique du féminisme : Le deuxième sexe, elle refuse sa propre maternité en disant que la maternité est une « servitude[1] » imposée aux femmes. C’est important d’examiner de près son attitude puisqu’en tant qu’une des intellectuels les plus importants dans l’histoire française au 20e siècle, sa pensée a exercé et exerce encore une influence inégligeable aux habitants de notre planète.
Simone de Beauvoir est née dans une famille bourgeoise sans fortune à Paris. Elle a reçu l’éducation catholique dans son enfance et réussi au concours de l’agrégation où elle a rencontré Sartre son futur compagnon de vie pour devenir professeur de philosophie dans des lycées. Devenue écrivain qu’on nomme plus tard existentialiste et féministe, elle a publié de nombreux oeuvrages philosophiques et littéraires tels que Le deuxième sexe(1949), Pour une morale de l’ambiguïté(1944), La vieillesse(1979), L’invitée(1943), Tous les hommes sont mortels(1946), Les mandarins(1954, Prix Concours)....Passionnée de l’écriture autobiographique, elle a écrit plusieurs volumes de mémoires y compris Mémoires d’une jeune fille rangée(1958), La force de l’âge(1960), La force des choses(1963), Une mort très douce(1972), Tout compte fait(1972), La cérémonie des adieux suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre (1981). Elle s’est engagée dans les luttes politiques surtout pour le mouvement de la libération des femmes.
La recherche qu’on a mené sur Simone de Beauvoir se divise principablement en trois domaines : philosophie existentialiste, création littéraire, pensée et engagement féministe. De nombreux d’ouvrages et de thèses y sont consacrés. Mais depuis que le poststructuralisme et le déconstructionnisme tiennent la légitimité dans les universités au niveau mondial, le climat intellectuel français ne favorise plus la recherche sur Simone de Beuvoir : on l’a définie comme une rationaliste qui a même favorisé le « phallogocentrisme[2] ». Or, la publication postume des documents et des écrits a ressuscité l’intérêt des chercheurs. On a parlé d’elle, par exemple, dans les journaux parisiens à propos de la parution en 1997 des Lettres à Nelson Algren. On a jugé que ces lettres d’amour montrent la face cachée de Simone de Beauvoir[3]. Le fruit des nouvelles recherches basées sur les journaux intimes et les correspondances publiés après sa mort s’est vu au colloque parisien au janvier 2008 à son centenaire. L’année 2008 a téloigné plusieurs ouvrages importants sur sa vie et sa pensée y compris Castor de guerre[4], Simone de Beauvoir : écrire la liberté[5], Simone de Beauvoir : le goût d'une vie[6].
Comme Simone de Beauvoir n’a été introduite en Chine que dans les années 80 avec la publication de la traduction du deuxième sexe, la recherche beauvoirienne est énormément retardée en Chine qu’en France. Ce n’est qu’à l’année 1992 que le premier livre des études beauvoiriennes[7] ont vu le jour. Depuis lors, des chercheurs universitaires chinois ont consacré des articles académiques et des mémoires de master à l’auteur du deuxième sexe. On peut remarquer cependant que des chercheurs chinois surtot non francophones ne font que répéter ce qu’ont fait les chercheurs français il y a très longtemps, à cause du problème de la langue et de l’aquis des documents, bien qu’on avoue leur contribution inégligeable à la réception de l’oeuvre de Simone de Beuvoir en Chine.
Parmi les recherches sur Simone de Beauvoir, il ne manque pas celle consacrée au thème de la maternité, que ce soit dans le cadre féministe ou littéraire. On ne proteste pas contre l’idée que Simone de Beauvoir est une philosophe qui contamne radicalement la maternité. Au colloque qui a eu lieu en 1997 dirigé par Julia Kristeva de la commémoration du 10e anniversaire de la mort de Beauvoir, elle a fait la correction concernant la maternité : ce que Beauvoir désigne comme esclavage est pour elle une garantie de civilisation[8]. Eliane Lecarme-Tabone, dans son intervention[9] au colloque de Nankin en novembre 2008, souligne aussi que le refus de la maternité de Simone de Beauvoir ne peut pas devenir un impératif universel. Pourquoi Beauvoir refuse sa maternité ? Lecarme-Tabone l’explique bien : ce refus est pour Beauvoir « un choix spontané dès son adolescence et comme une décision d’écrivain soucieux de ménager sa liberté de création ». Ecoutons maintenant les explications données par Beauvoir elle-même.
Elle parle de son refus de la maternité dans le deuxième volume de ses Mémoires La force de l’âge : d’abord, elle n’aimait pas les bébés bien que les enfants un peu plus âgés la charmaient. Et puis, si avoir des enfants, c’est pour resserrer les liens du couple, elle n’en avait pas besoin puisque le bonheur que Sartre lui apportait était compact. Elle ne souhaitait pas d’ailleurs prolonger l’existence de Sartre ou sa propre existence par la procréation. Quand elle pensait aux fils ou aux filles qu’elle pourrait avoir, ils lui paraissaient comme des étrangers puisque ses relations avec ses parents qui manquaient l’affection depuis son adolescence lui ont donné aversion pour la vie familiale. Tout cela pour dire que la procréation ne l’a pas attirée. Mais il y en a une raison plus profonde, c’est qu’elle ne peut toujours pas justifier la procréation qui à ses yeux ne fait qu’accroître vainement le nombre des êtres qui sont sur terre. A quinze ans, quand son amie Zaza lui a dit que d’avoir des enfants valait autant que d’écrire des livres. Elle en était « scandalisée ». Mais comment comparer ? L’écriture, qu’elle a choisie à quinze ans comme sa voie, sa necessité, sa vocation, qui peut, pensait-elle, justifier le monde et sauver sa propre existence, comment la comparer avec la procréation ? L’écriture et l’enfantement sont pour elle un conflit et elle n’en peut choisir qu’un. Elle dit : « On ne s’étonne pas qu’une carmélite, ayant choisi de prier pour tous les hommes, renonce à engendrer des individus singuliers. Ma vocation non plus ne souffrait pas d’entraves et elle me retenait de poursuivre aucun dessein qui lui fût étranger[10]. » Qu’est-ce qui fait qu’elle sanctifie l’écriture et trouve futile la procréation ? Quels sont les liens entre sa vision du monde, son choix d’écrivain et son refus de la maternité ? Les documents auxquels on puise pour répondre à ces questions sont constitués de mémoires, romans, essais, journaux intimes et correspondances de Simone de Beauvoir. On trouve trois thèmes essentiels: la mort, la solitude et le sens de la vie pour comprendre son choix et son refus.
Dans le premier chapitre, on va d’abord analyser le rapport entre la procréation et l’immortalité puisque la fonction fondamentale de la procréation est la survie de l’espèce, et puis l’attitude de Simone de Beauvoir sur l’immortalité d’où l’on découvre son sens de la finitude et paradoxalement son désir de l’immortalité, enfin le rapport entre l’immortalité et l’écriture. Le deuxième chapitre sera consacré à la solitude qui existe inévitablement avec la mort qui menace chaque être. On va analyser respectivement le rôle de la procréation et de l’écriture dans la liaison d’un individu au monde qui permet de surmonter la solitude. Au dernier chapitre, les analyses seront développés autour de la question suivante : le destin humain est un échec avec la mort et la solitude, semble-il, peut-on encore trouver un sens de la vie ? Simone de Beauvoir contamne selon la philosophie existentialiste la procréation à l’insignifiance et considère l’écriture comme une nécessité qui pourrait dévoiler le sens de sa vie. Le chapitre sera divisé en deux parties : l’une sur la procréation et l’autre sur l’écriture. Dans la première partie, on analysera le corps de la mère qui est de la contingence et de la facticité selon Beauvoir et on découvrira son goût pour la présence des choses. Le critère existentialiste pour juger la valeur d’une entreprise risque chez elle de s’effondre. Ensuite, on va examiner la deuxième thèse que Beauvoir défend contre la maternité : l’enfant se crée par lui-même. Pas tout à fait, si l’on croit à la féministe Melanie Klein qui met l’accent sur la contribution de la mère à la création du soi de l’enfant. On n’oubliera pas que la maternité reprochée par Simone de Beauvoir c’est surtout une maternité obligée et mystifiée et qu’en fait, elle n’est pas radicalement contre la maternité elle-même selon Le deuxième sexe. La formation de l’enfant peut être une entreprise valable, dit-elle, et « des enfants, c’est de fomer des êtres heureux[11] » qui semble une mission douteuse qu'on discutera la possibilité de réaliser. La partie suivante est sur le sens de l’écriture chez Simone de Beauvoir. On découvrira que l’écriture ne constitue pas une valeur absolue pour elle à cause de son attachement à la vie et à la présence du monde. Pour surmonter l’écart entre l’écriture et la vie, elle fait l’autobiographie. Elle y est arrivée ?
On trouvra que le refus de la maternité de Simone de Beauvoir est lié étroitement à sa vision du monde et à son choix de la vocation d’écrivain. C’est en unifiant les trois directions de la recherche beauvoirienne : philosophie, création littéraire, féminisme, qu’on oserait dire qu’on s’approche encore un peu à son âme et qu’on perceverrait une vie riche et ambiguë qui a été la sienne, une vie toute humaine comme celle de tout le monde.
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[1] Simone de Beauvoir aujourd’hui, P. 72.
[2] Simone de Beauvoir dans tous ses états, p. 303.
[3] Ibid., p. 312.
[4] Danièle Sallenave, Paris, Gallimard, « Blanche ».
[5] Jacques DEGUY, Sylvie LE BON DE BEAUVOIR, Paris, Gallimard, « Découvertes Gallimard. Littératures ».
[6] Jean-Luc MOREAU, Paris, Écriture, 2008.
[7] 李清安,金德全编著:《西蒙娜·德·波伏瓦研究》,中国社会科学出版社,1992.
[8] Cf : Ingrid Galster, Beauvoir dans tous ses états, Tallandier, p. 312.
[9] Elle n’a pas pu venir au colloque et c’est moi qui ai traduit son texte qui est publié dans une revue de la critique culturelle chinoise. 见《粤海风》杂志,2009年第一期,第60页。
[10] La Force de l’âge, Gallimard, 1960, p.92.
[11] Le deuxième sexe, t. II, p. 380.
Pas loin de ma famille, il y a un parc commercial de tombes. Je ne sais jamais qui se sont enterrés là-bas. Je n'y suis entrée qu'une seule fois dans ma vie avec mes petits copains d'enfance. Maman m'a critiqué sévèrement jusqu'à ce que je pleure et je n'ose plus jamais y mettre mes pieds. Pour elle, les tombes sont habitées par les esprits qui apportent les maladies et même la mort aux vivants. Et je comprends un peu, je crois, pourquoi je suis toujours absente à la fête de la claire lumière: maman veut me protéger...
L'hiver dernier, j'ai réalisé quelques photos de près avec deux tombes que je trouvais belles, mais je les ai supprimées de peur ou de respect de je ne sais pas quoi. On grandit et on reste enfant pour certaines choses.