Je suis acceptée par Shanda !
mardi 31 mars 2009
La décision de Shanda
Je suis acceptée par Shanda !
(M) Le sens de la finitude de Simone de Beauvoir
Aujourd’hui, nous, les « modernes[1] » qui sont nés au 20e siècle qui a témoigné les grands bouleversments économiques, culturels et sociaux, nous sommes plus incrédules que nos ancêtres de l’immortalité. Simone de Beuvoir, née en 1908, après avoir passé une enfance religieuse, devient athée et philosophe existentialiste. L’existentialisme est une philosophie qui demande aux individus de se projeter dans l’avenir et d’agir. Mais une perspective de l’avenir infini peut annuler toutes sortes de justifications de nos actes : la perpétuité de l’espèce humaine n’est même pas promise. C’est dans un avenir humain, un avenir fini qu’on réalise son existence[2].
Simone de Beauvoir n’a pas toujours le sens de la finitude. Elle est issue du milieu bourgeois catholique et reçoit une instruction religieuse « poussée[3] » : l’Evangile, elle « en savais par coeur de longs passages[4]». Dans Mémoires d’une jeune fille rangée, elle nous offre des détails de sa jeune vie religieuse :
Chaque année, je faisais une retraite ; toute la journée, j’écoutais les instructions d’un prédicateur, j’assistais à des offices, j’égrenais des chapelets, je méditais ; je déjeunais au cours, et pendant le repas une serveillante nous lisait la vie d’une sainte. Le soir, à la maison, ma mère respectait mon silencieux receuilement. Je notais sur un carnet les effusions de mon âme et des résolutions de sainteté[5], (...)
En plus de tout cela, elle invente des mortifications : se frotter au sang avec une pierre ponce, se fustiger avec la chaînette d’or qu’elle portait à son cou.[6] Sa ferveur religieuse atteint à un tel niveau qu’elle a envie d’entrer au couvert. « Je me ferais carmélite »[7], dit-elle. Quand on lit Mémoires d’une jeune fille rangée dont la tonalité est assez réservée, le ton idyllique est saisissant dans les paragraphes où elle nous décrit comment la nature lui parle de Dieu :
Je me perdais dans l’infini tout en restant moi-même. Je sentais sur mes paupières la chaleur du soleil qui brille pour tous et qui ici, en cet instant, ne caressait que moi. Le vent tournoyait autour des peupliers : il venait d’ailleurs, de partout, il vousculait l’espace, et je tourbillonnais, immobile, jusqu’aux confins de la terre.(...) je pesais lourd ; et pourtant, je m’évaporais dans l’azur, je n’avais plus de bornes[8].
Au lieu de la finitude, c’est l’infinitude que la petite Simone ressent dans sa vie. Mais à la découverte d’un abbé qu’elle trouve indigne, avec le sceptisme qu’elle a appris chez son père et chez les grands écrivains, avec son goût pour les joies terrestes auxquelles elle ne pourrait renoncer, elle perd finalement sa foi catholique. Dès que Dieu est absent, elle a deux découvertes qui la terrifient et la tourmentent : la solitude et la mort. La solitude : tout ce qu’elle fait, ce qu’elle sent, ce qu’elle pense est sans témoin ; elle n’a plus d’interlocuteur. Son corps et son âme n’existent pour personne. Elle a recours à la présence de ses proches quand elle a « besoin d’entendre des voix[9]. » La mort : le jour où elle réalise qu’elle est contamnée à la mort, elle crie et « griffe la moquette rouge[10] » de l’appartement. Un avenir passé dans l’horreur pour la mort lui semble impossible à vivre.
Devenant existentialiste plus tard, elle regarde en face la finitude de la vie, elle ne cherche pas les consolations d’une évasion abstraite qu’offre les religions et certaines philosophies: « l’existentialisme ne propose aucune évasion[11] ». Elle accepte et affirme la mort : Tous les hommes sont mortels, roman dans lequel elle crée un personnage immortel qui s’appelle Fosca. Lui, né au XIIIe siècle siècle en Italie, choisit de boire une potion d’immortalité pour réaliser tous ses rêves de puissance.Il traverse des siècles en participant aux guerres et aux exploration et rencontre dans les années d’après guerre une actrice, Régine, qui a été avide de gloire et se rend compte tout d’un coup l’anéantissement de son existence. Celle-ci rêve de son immortalité, mais après avoir entendu ce que Fosca raconte de sa vie, elle abandonne cette idée car Fosca montre par ses propres expérience que l’immortalité est une malédiction : sauf quelques fois grâce à des femmes ou à des causes qui lui donnent l’illusion d’agir et de vivre, il est indifférent à tout ; il ne peut pas partager les sentiments humains liés au caractère éphémère de la vie qui est pour lui l’ennui et la solitude. C’est parce qu’ils meurent que les hommes vivent. Fosca n’est plus un homme.
Simone de Beauvoir accepte métaphysiquement la mort et l’accepte aussi dans sa vie personnelle. Elle consacre un livre à la mort de sa mère : Une mort très douce, dans lequel on serait frappé par la froideur du ton :
La bouche s’est ouverte, les yeux se sont dilatés, immenses dans ce visage vidé de sa chair : dans un spasme elle est entrée dans le coma[12].
C’est la description d’un des derniers moments de la vie de sa mère que sa soeur lui a raconté. Et encore cette scène où elle a témoignée de ses propres yeux:
C’était tellement attendu, et tellement inconcevable, ce cadavre couché sur le lit à la place de maman. Sa main, son front étaient froids. C’était elle encore, et à jamais son absence. Une gaze soutenait le menton, encadrant son visage inerte[13].
Le détachement que Simone de Beauvoir montre dans ce livre a suscité un scandale de ses lecteurs : comment pourrait-on parler de la mort et surtout de la mort de sa mère d’une telle façon ? Elle répliquerait : mais tous les hommes sont mortels. Qu’une femme d’une cinquantaine d’années connaisse une dépression à cause de la mort de sa mère lui semble anormal. Ainsi parle-elle d’une même tranquille de la mort de quelques vieilles connaissances dans Tout compte fait[14]. Elle explique que c’est sans doute par la résignation à sa propre mort qu’elle accepte aussi celle des autres.
Or, ce n’est jamais facile de se résigner à sa propre mort. L’horreur qu’a eu la petite simone pour la mort ne la quittera pas quand elle deviendra adulte, au moins jusqu’au moment où elle écrit La force des choses à la fin duquel on peut lire ces phrases : « Je déteste autant qu’autrefois m’anéantir[15] ». Elle décrit avec mélancolie tout ce qu’elle a vécu et prévoit que « soudain plus rien[16] ». Même aux moments où elle ressent une joie intense, l’ombre que projète la mort la couvre : « La présence du monde, en m’éblouissant, révélait en creux ma future absence[17]. » Oui, tous les hommes sont mortels, mais « pour chaque homme sa mort est un accident et, même s’il la connaît et y consent, une violence[18] », conclut-elle.
1.1.3 Simone de Beauvoir et sa fille adoptive
Simone de Beauvoir adopte une fille après la mort de Sartre, Sylvie Le Bon, pour que celle-ci hérite les droits de son oeuvre littéraire. Leur rencontre a eu lieu en 1960 où Sylvie Le Bon, jeune étudiante en philosophie passionée par son oeuvre et sa pensée, lui a écrit pour la voir. Elles ont mené des conversations quotidiennes, elles sont sorties ensemble pour les expositions et les spectacles, elles ont voyagé en auto au printemps et au début de l’été. C’est Sylvie qui prenait soin d’elle quand elle était fatiguée et malade et qui l’a accompagnée aux derniers moments de sa vie. Au cours d’un interview réalisé en 1976, la féministe allemande Alice Schwarzer l’interroge sur la relation qu’elle maintient avec Sylvie en posant la question : « Sylvie est-elle pour vous un succédané de fille ? » Elle répond d’un ton tranché : « Absolument pas ! » D’après elle, les rapports mère-fille sont en général catastrophiques, jamais passionnés , amoureux et tendres, alors que le rapport entre Sylvie et elle est autre chose. Elle n’a pas précisé à l’entretien ce « autre chose » puisque « ce n’était pas calculé du tout[19] ». C’est dans Tout compte fait qu’on peut se renseigner plus. Simone de Beauvoir y parle de l’histoire d’amitié entre Sylvie Le Bon et elle :
Avec trente-trois ans de différence, je retrouvais en elle mes qualités et mes travers (...) Elle fut nommée d’abord au Mans, puis à Rouen, dans le lycée même où j’ai été professeur ; quand elle y passait la nuit, elle descendait dans l’hôtel proche de la gare où j’ai habité pendant deux ans, elle prenait son café le matin au bar du Métropole : cela me donnait un peu l’impression d’être réincarnée (...) Il y a entre nous une telle réciprocité que je perds la notion de mon âge : elle m’entraîne dans son avenir et par instants le présent retrouve une dimension qu’il avait perdue[20].
C’est une entente, une affinité, une amitié entre Sylvie et elle, mais on pourrait voir, à travers ces descriptions, que c’est aussi une sorte de reproduction et de continuité de sa propre vie que Simone de Beauvoir croirait réaliser par celle de Sylvie. Au lieu de nier le rapport mère-fille qu’elle maintient avec Sylvie, elle aurait pu affirmer que la mère et la fille pourraient s’entendre et vivre une relation de tendresse : la sienne avec sa fille adoptive est un bon exemple.
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[1] Voir Aux modernes de Charles-Marie LECONTE DE LISLE.
[2] Cf. Pour une morale de l’ambiguïté, p. 149.
[3] Tout compte fait, p.629. Simone de Beuvoir parle de son attitude sur le catholisme dans les derniers pages de ce livre.
[4] Ibid.
[5] Mémoires d’une jeune fille rangée, Gallimard, 1958, p. 98.
[6] Ibid, p.176.
[7] Ibid, p.100.
[8] Ibid., p. 164-165.
[9] Ibid., p. 182.
[10] Ibid., p. 182.
[11] Pour une morale de l’ambiguïté, p. 176.
[12] Une mort très douce, Gallimard, 1964, « folio », p. 126.
[13] Ibid., p.124.
[14] P. 92-139.
[15] La force des choses,t. II, p. 507.
[16] Ibid.
[17] Tout compte fait, p. 297.
[18] Une mort très douce, p. 152.
[19] Simone de Beauvoir aujourd’hui, p. 97.
[20] Tout compte fait, p. 91-92.
lundi 30 mars 2009
(M) La solitude du petit prince
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Dans le chapitre 19 du Petit Prince, Saint-Exupéry nous dessine une image du monde humain : les montagnes hautes, sèches et désertes. Le petit prince leur dit: « Bonjour », il entend les monotones « bonjour » ; il demande : « Qui êtes-vous ? », nulle réponse sauf l’écho de sa voix. Il dit à la fin : « Soyez mes amis, je suis seul[1] ».
« Je suis seul ». Cette phrase arrive à chacun de nous : on est le petit prince qui crie en vain devant un monde impassible. Le petit prince rencontre plus tard le renard qui lui demande de l’apprivoiser. Mais qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ? Le renard répond : « Créer des liens ». Si l’on veut des amis, on doit apprivoiser autrement dit créer des liens avec les autres. Le petit prince apprivoisera le renard et lors de son départ, le renard est triste. Mais il ne regrette pas puisqu’il a gagné quelque chose : la couleur dorée du blé lui fera souvenir du petit prince qui a des cheveux couleur d’or ; il aimera même le bruit du vent dans le blé. Lui, il a eu une vie monotone entre les chasseurs et les poules dans un monde d’indifférence ; la rencontre avec le petit prince l’a changée : le monde a maintenant un sens pour lui.
Il faut quelque chose qui nous lient avec le monde, sinon on vit dans une « insoutenable légèreté » au terme de Milan Kundera : on s’éloigne de la terre, on vole dans le vide du temps, nos mouvements sont aussi libres qu’insignifiants. L’enfant, ça pourrait être un des liens les plus importants qu’on crée dans sa vie.
Il pesait sur mes bras, sur ma poitrine comme ce qu’il y a de plus lourd au monde, jusqu’à la limite de mes forces. Il m’enfonçait en terre dans le silence et la nuit. D’un seul coup il m’avait jeté le poids du monde sur les épaules. C’est bien pourquoi je l’avais voulu lui. Seule j’étais trop légère[2].
Ces paroles viennent d’une jeune mère que Simone de Beauvoir cite dans Le Deuxième Sexe. Dans le roman La condition humaine d’André Malraux, il y a une scène où Gisors, artiste occidental qui vit en Chine, s’approche du corps de Kyo son fils tué dans la révolution chinoise. Malraux écrit : « Il était désormais rejeté à lui-même. Le monde n’avait plus de sens, n’existait plus : l’immobilité sans retour, là, à côté de ce corps qui l’avait relié à l’univers, était comme un suicide de Dieu[3]. » Gisors est désormais coupé du monde et de son avenir après la mort de son fils unique. De même, Milan Kundera écrit dans son roman L’identité : « Il est impossible d’avoir un enfant et de mépriser le monde tel qu’il est, parce que c’est dans ce monde que nous l’avons envoyé. C’est à cause de l’enfant que nous nous attachons au monde, pensons à son avenir, participons volontiers à ses bruits, à ses agitations, prenons au sérieux son incurable bêtise[4]. » Chantal, héroïne de L’Identité, triste de la mort de son fils et croit en même temps qu’elle la libère puisqu’elle ne se sent plus d’être obligée d’aimer le monde et de s’y engager. Quand on a créé un lien, on en est responsable et cette responsabilité pèse sur la vie. La rupture du lien, en rendant libre la personne qui l’a créé, la rend solitaire. Le prix de la liberté, c’est la solitude, c’est l’écho monotone des montagnes sèches. Chantal ne vivra pas dans la solitude parce qu’elle rencontra Jean-marc, son amant, dans le regard de qui elle se réfugie du monde et de son passé. Elle crée avec lui un monde à deux hors du bruit et du temps. Dans L’insoutenable légèreté de l’être, un autre roman de Milan Kundera, l’enfant occupe une place aussi infime que celle dans L’identité. Tomas montre une indifférence totale envers son fils ; Tomas et Tereza n’a pas d’enfant. C’est dans l’amour et non l’enfant que ces personnages s’enfuient de la solitude.
Si les gens mettent tellement l’accent sur la famille et les enfants, c’est que dans l’ensemble ils vivent dans une grande solitude : ils n’ont pas d’amis, pas d’amour, pas de tendresse, personne. Ils sont seuls. Alors ils font des enfants pour avoir quelqu’un. Et c’est atroce. Aussi pour l’enfant. On en fait un bouche-trou. Et en tout cas, dès que l’enfant est grand, il se tire. Il ne constitue nullement une garantie contre la solitude[5].
En faisant l’analyse ci-dessus, Simone de Beauvoir voit clairement une attitude malsaine dans l’enfantement : on fait des enfants pour remplir le vide de sa vie, pour les posséder. Les parents pareils ne veulent pas que l’enfant s’éloigne d’eux ; ils se montrent soit dominateurs et brutaux, soit masochistes, ce qui va affecter la vie de l’enfant. Simone de Beauvoir, elle ne vit pas dans la solitude. Elle a des amours, avec des hommes : Sartre, Bost, Algren, Lanzmann, et avec des femmes dont la plupart sont ses jeunes élèves. Elle dit : « l’idéal devrait être de pouvoir aussi bien aimer une femme qu’un homme, n’importe, un être humain, sans éprouver ni peur, ni contrainte, ni obligations[6]. » Elle le dit et elle le fait. C’est une femme extrêmement avide : elle veut tout vivre, en tant que femme et homme. Elle vit dans ses amours, ses amitiés, son écriture, ses voyages, son engagement politique : une vie riche qui n’a pas de place pour le vide. Elle n’a pas besoin des enfants pour la combler. Elle ne pense pas d’ailleurs que l’enfant peut combler la vie d’une personne. Ainsi dans son roman Les mandarins, le rapport mère-fille est loin d’être intime. Anne, mère de Nadine, ne l’a pas voulue, c’est son mari Dubreuilh qui a voulu vite un enfant. Anne réfléchit : « sans doute parce que je ne suffisais pas à justifier son existence, peut-être aussi cherchait-il une revanche contre cet avenir sur lequel il n’avait plus de prise[7]. » Ce n’est pas aux premières années de la vie de Nadine qu’Anne pose l’interrogation sur la naissance de sa fille et se donne la réponse : elles ont vécu une vingtaine d’années ensemble et pour elle l’existence de Nadine reste encore à justifier. Dans le roman, Anne est psychanalyste. Son regard porté vers Nadine est un regard professionnel : elle la regarde, elle examine son état mental, elle la comprend, mais il n’y a pas de douceur ni d’intimité entre la mère et la fille. La maternité d’Anne est totalement un détachement. Il faut dire qu’Anne est un personnage détachée, non seulement dans le rapport avec sa fille, mais aussi avec son mari, intellectuel important de l’époque, avec l’engagement politique de son mari, et même avec son grand amour atlantique. Si Anne veut se suicider au bout de cet amour, ce n’est pas à cause de l’amant qui ne l’aime plus, se dit-elle, mais que la mort la « traque[8] ». Tous les hommes sont mortels et elle ne peut plus être patiente pour attendre sa propre mort : elle est fatiguée. Elle pense avec horreur à la mort de Dubreuilh qui est beaucoup plus âgé qu’elle : « J’ai cru pendant vingt ans que nous vivions ensemble ; mais non ; chacun est seul, enfermé dans son corps, avec ses artères qui durcissent sous la peau qui se dessèche, avec son foie, ses reins qui s’usent et son sang qui pâlit, avec sa mort qui mûrit sourdement en lui et qui le sépare de tous les autres[9] ». Chaque homme est mortel et chaque homme est seul. Elle ne peut pas trouver des motivations pour vivre : elle ne compte plus pour personne, ni pour sa fille mariée ni pour son mari bien qu’il soit heureux avec elle : il ne serait pas moins heureux de vivre avec une autre ou de vivre seul, pense-elle. « Je tends l’oreille : pas un appel, nulle part[10] », dit Anne. Elle aurait contesté la proposition du renard : on a beau créer des liens qui ne sont que des illusions ; on est seul sans remède.
Si l’on croit à la méthode de Danièle Sallenave qui attache beaucoup d’importance aux romans pour voir à travers des personnages de femmes une figure plus complexe et plus ambivalente de Simone de Beauvoir[11], c’est une Beauvoir mélancolique et solitaire qu’on lit en Anne. Elle dit : l’enfant ne constitue nuellement une garantie contre la solitude . La question, c'est : qu’est-ce qui pourrait en constituer ?
Anne n’a pas réalisé son projet de se suicider, parce qu’elle choisit, finalement, de faire confiance à la vie, à l’avenir et au bonheur. Sans cette confiance, il est impossible de créer aucun lien réel avec personne. On n’a pas forcément besoin des enfants pour chasser la solitude, mais avoir des enfants, les former, cultiver et aimer, tout comme avoir des amitiés ou des amours, cela permet de créer un lien concret avec la personne concernée, à travers duquel on se lie au monde : on n’est pas seul.
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[1] http://lepetitprince.xn--phnix-csa.net/lecture/chapitre-19
[2] Le deuxième sexe, II. p. 364.
[3] La condition humaine, Gallimard, 1972, p.320.
[4] L’Identité, Gallimard, 1997, p.78.
[5] Simone de Beauvoir aujourd’hui, p. 80.
[6] Simone de Beauvoir aujourd’hui, p. 82.
[7] Les mandarins, II, Gallimard, folio, 1954, p. 78.
[8] Les mandarins, II, p. 493.
[9] Ibid., p.494-495.
[10] Ibid., p. 496.
[11] Voir : Le magazine littéraire, N° 471, entretien avec Danièle Sallenave, « Simone de Beauvoir a choisi son destin », p. 32.
dimanche 29 mars 2009
Monsieur Le Scorpion ?
Après, on a bavardé sur d’autres choses. L’homme était un entrepreneur de produits alimentaires à Ji’nan, d’origine du nord du Jiangsu. Il s’est étonné quand je lui ai dit que je faisais mes études à Nanda : « Les étudiants du Shandong cherchent d’emploi dans le Jiangsu, c’est normal, mais inversement, comme toi, c’est rare, très rare. » « Le Shandong est si terrible que ça ? Il est vraiment pauvre ? » je lui ai demandé. Sa réponse m’a surprise : « Le Shandong est plus riche que le Jiangsu. C’est dans le Shandong que l’Etat obtient le plus d’argent. Il y a toute sortes de minéraux dans le Shandong et qu’est-ce qu’on a dans le Jiangsu ? Rien. Mais le Shandong n’est pas moderne, les gens là-bas sont stupides (là, je ne suis pas d’accord du tout avec lui) ». « Attention, monsieur ! Tous les gens autout de nous sont du Shandong ! » je lui ai chuchoté et il a ri. Il avait un fils un an plus jeune que moi et qui faisait des études universitaire aux Etat-Unis. « Mon fils deviendra citoyen américain ; ma soeur et sa famille s'y sont installés déjà. » « Et toi, tu veux y aller aussi ? » « Moi non. » « Tu n’es pas un peu seul sans l’enfant à tes côtés ? » « Ah, il revient de temps en temps pour me voir », il a ri et puis ajouté : « je garde une fille à mes côtés. » « Ah bon ? Tu as encore une fille ? Quel âge a-t-elle ? Comment tu as fait pour avoir deux enfants? » « Elle a 19 ans. Comment j’ai fait ? Hi hi, rien n’est impossible avec le parti XX...» La lumière s’est éteinte dans le compartiment et on s’est dit au revoir dans le noir.
samedi 28 mars 2009
L'eau du ciel
Ils étaient bien humides, et sales donc, parce que la pluie était sale. Ce serait ennuyeux de les laver de nouveau...Mais quand l’idée que la pluie est sale est entrée dans ma tête ?...
Ma grand-mère paternel, lorsqu’elle était en vie, avait l’habitude en été de cueillir de « l’eau du ciel »(天水) pour en faire un thé dans lequel elle ajoutait une sorte d’herbe sauvage rafraîchissante et parfumée et qui me plaisait beaucoup. On pouvait aussi boire directement « de l’eau du ciel » sans le cuire. Il avait un goût miraculeux : simple et riche, plat et doux, que je ne découvrirais dans aucun autre boisson. Ce n’est que dans un cours à l’école primaire que j’ai su que « l’eau du ciel » était tout simplement la pluie et que la pluie venait des mers, des rivières, des lacs...C’est depuis cette heure-là, je crois, que je ne le bois plus jamais pour devenir une fille civilisée. Mais le bruit de la pluie qui tombait goutte à goutte dans la jarre de ma grand-mère reste dans mes souvenirs une des plus belles musiques que j’ai jamais entendues.-----------------------------------
J'aurais dû me concentrer dans la rédaction du mémoire qui est super urgent au lieu de voyager dans les souvenirs d'enfance...Je vais bien travailler depuis demain matin, que ma grand-mère au paradis me bénisse!
Pays de Neige: ma vie et mon ailleurs
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C’est en été 2006 que j’ai créé mon premier blog en français que j’ai nommé Le Papillon ou la Neige. Ce titre est inspiré d’un texte classique du philosophe chinois Zhuangzi(Tchouang Tseu) qui vécut entre 300 et 400 ans avant J. C.
Jadis, Tchouang Tseu (alias Tchang Tcheou) rêva qu'il était un papillon voltigeant et satisfait de son sort et ignorant qu'il était Tcheou lui-même. Brusquement il s'éveilla et s'aperçut avec étonnement qu'il était Tcheou. Il ne sut plus si c'était Tcheou rêvant qu'il était un papillon, ou un papillon rêvant qu'il était Tcheou.
( Traduction : http://chroniquestaoistes.free.fr/html/tchouang_tseu001.html)
J’avais 20 ans quand ce texte m’a charmée. A la même année, je suis tombée amoureuse d’un Français qui tenait un blog dans lequel il racontait sa vie quotidienne à la ville où je faisais mes études universitaires. Il était mon professeur de français que je voyais une fois par semaine. Je le lisais chaque jour sans qu’il le save. Son écriture m’a touchée. Il avait dans ses textes une tendresse et un humour que je n’arrivais pas à imaginer de lui : la finesse de son écriture n’avait rien à voir avec sa caractéristique physique ni avec sa façon de donner le cours. A la fin de l’année, il allait quitter la ville. Ces jours-là, je n’ai lu que la mélancolie sur son blog et j’étais triste. C’est à ce moment-là, je crois, que je me suis rendue compte que j’étais tombée amoureuse de lui. Et pourtant il ne me connaissait presque pas. J’étais une étudiante quelconque pour lui. J’ai décidé alors de créer un blog en français pour qu’il me lise et me connaisse. C’est pour lui seul que j’ai écrit.
J’ai écrit tout ce qui me concernait : ma vie universitaire, ma vie familiale, mes amis, mes sorties...etc. Mais il y avait une différence entre ce blog et ceux que j’avais eu en chinois : j’y ai écrit des choses que je pensais spéciales de la Chine. J’ai trouvé sur son blog un homme curieux de la culture, mais j’avais l’impression que c’était impossible sinon assez difficile pour un étranger de pénétrer véritablement dans la vie chinoise. J’aimais me faire une fenêtre ou plutôt un caméra à travers lequel il verrait l’intérieur de la Chine pour finalement la mieux comprendre. C’est pour cela que mon écriture était ...je dirais photographique : je capturais des moments que je pensais intéressants de ma vie quotidienne. J’étais à la fois au-dedans et au-dehors : au-dedans pour vivre ma vie ; au-dehors pour l’observer et la témoigner d’un regard étranger.
Le Papillon ou la Neige, pendant longtemps, n’a jamais eu de commentaires. Mais j’ai écrit avec ferveur : un ou plusieurs billets par jour, parce que je savais qu’il me lisait. Il a commencé à m’écrire par email. Il a bien aimé mon blog et m’a demandé s’il pourrait en mettre un lien sur le sien. J’ai toujours dit non parce que c’était pour moi des écrits intimes destinés à lui seul. J’ai cédé à la fin pour lui faire plaisir. J’ai eu mes premiers commentateurs réguliers. Ils étaient peu nombreux mais leur présence m’ont fait du bien en soulageant beaucoup avec leur commentaires précieux ma solitude et mon angoisse. Si j’ai écrit des historiettes drôles ou douces, ce n’est pas que j’étais dans une bonne humeur mais souvent que j’étais triste et c’est pour me sortir de la tristesse que j’ai essayé de penser aux moments drôles et douces de ma vie. La magie de l’écriture : quand j’ai fini d’écrire un billet drôle, le moment drôle que j’ai évoqué est devenu une réalité qui m’a fait oublier ma tristesse qui n’était qu’une humeur floue. Si j’ai tué Le Papillon ou la Neige, c’est que je ne pouvais plus justifier son existence(cette expression est trop beauvoirienne) : pour qui j’écrivais ? Celui à qui j’ai destiné mes mots ne pourrait jamais vivre à mes côtés...
J’ai repris mon écriture quelques mois plus tard : c’est Pays de Neige, mon deuxième blog en français qui survit jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi recommencer à écrire ? Après un an d’exercice, j’ai trouvé que l’écriture bloggeuse était devenue une partie importante de ma vie, que je l’avouais ou pas. Elle m’a enrichie et m’a changée. J’étais devenue plus sensible et plus ouverte. Je m’étais découverte en découvrant le monde autour de moi. Rarement étaient des billets dans lesquels je racontais purement de moi-même ; c’était souvent autour d’une petite histoire que j’organisais mon récit, mais l’angle que j’ai choisi, la façon que j’ai adopté pour raconter reflétait et même forgeait ma personnalité. J’avais tenu des journaux intimes avant ma vie bloggeuse. C’est différent : dans les journaux intimes, je pénétrais jusqu’au plus profond de mon coeur pour m’analyser alors que sur le blog, je prêtais beaucoup d’attention au monde quotidien où je vivais. J’avais regretté d’abandonner mes journaux intimes à cause de l’écriture bloggeuse, d’arrêter de témoigner le développement de mon moi, mais j’ai réalisé plus tard que le moi coupé du monde était stérile et combien le monde pourrait m’enrichir pourvu que je lui ouvre mes bras. Jamais je n’avais été liée si intimement au monde. Dès que j’ai arrêté d’écrire, je ne vivais plus sur la terre avec tous mes poids, je flottais dans des nuages vagues, le monde m’éloignait : je me suis perdue. J’ai créé Pays de Neige, dans une certaine mesure, c’est pour me retrouver.
Le contenu et le style de mon deuxième blog s’identifient au premier parce qu’un autre regard particulier m’a pris le coeur ... Ce n’est que récemment que j’ai décidé que mon blog soit destiné au public, enfin, à un petit public intime constitué des lecteurs qui me sont chers. Eux, ils m’ont conquise par la sincérité, la gentillesse et la générosité qu’ils m’ont prouvés. Je tiens peu, en général, aux relations virtuelles. Aujourd’hui je ne pense que les relations que je noue avec mes chers lecteurs sont seulement « virtuels » : c’est bien réel et même plus réel que je maintiens avec les gens qui m’entournent dans ma vie. C’est avec eux qui me lisent quotidiennement que je partage mes joies, tristesses, indignations, regrets...C’est comme si j’ai ma deuxième famille à l’autre bout du monde. Je ne serai jamais trop seule parce qu’ils sont là. Cela me fait toujours plaisir, d’ailleurs, d’avoir des nouveaux lecteurs qui me font savoir leur existence en me laissent un message : « Bonjour Neige !... » Mais ça ne m’intéresse pas tellement d’élargir le nombre des lecteurs. Il n’y a pas de quoi de très intéressant sur mon blog qui puisse susciter les débats. Si je parle de la culture, c’est parce que j’y vis et que je m’en rends compte; si je parle de la politique, c’est qu’elle me dérange parfois. L’esssentiel, c’est ma vie. A part les commentateurs réguliers que je vois comme mes amis, je ne sais jamais qui d’autres me lisent : des Français en France ? des Français en Chine ? des Chinois francophones ? Peu importe(bien que je sois un peu curieuse de le savoir ). Si la motivation de mon écriture a été l’amour pour un certain homme, aujourd’hui, c’est d’une part l’amitié avec ceux qui me lisent, d’une autre part le charme de l’écriture bloggeuse elle-même. Mon blog est un livre dont je ne sais jamais la fin ni même le prochain page. C’est avec curiosité que je tourne chaque page.Je relis rarement les billets de mon blog que j’écris en général très vite sans réfléchir au vocabulaire ni à la construction des phrases à cause de la pauvreté de mon français. C’est pourtant une belle chose de lire avec recul les mots qu’on a écrit. Aujourd’hui quand je relis mes journaux en chinois écrits il y a quelques années, je suis toujours très touchée et la lecture de mes billets écrits dans un français de défauts et d’une simplicité nue ne m’apporte pas autant de plaisirs.
Mais je me félicite de m’être engagée dans l’écriture bloggeuse en français qui m’a permis d’entrer dans un monde ou plutôt une communauté francophone constituée des auteurs et des lecteurs de blog. J’y connaîs toujours un peu mieux la culture française. Je vis dans deux mondes parallèles : celui en Chine et celui dans ma «communauté française », ce qui me fait sentir une sorte de liberté de ma vie, comme s’il y a toujours un « ailleurs » qui m’attend. Je ne suis jamais allée en France mais elle est pour moi un pays intime. Le Québec, c’est pareil, grâce à une chère lectrice qui habite là-bas. Et les autres. C’est vraiment les liens entre les gens qui donnent la vie au désert de notre monde.
Beaucoup de choses se sont passés dans ma vie de ces trois ans. Je me demande quelquefois ce que j’aurais pu devenir si je n’avais pas commencé à écrire en français sur le blog. Quand on écrit régulèrement dans une langue étrangère, on ne peut plus rester le même : une partie de soi-même devient étranger : on se double, on s’enrichit. J’aurais pu être une fille moins curieuse, moins intéressante, moins courageuse, moins ouverte, moins sensible...Merci à tous ceux qui m’ont donné et me donneront envie d’écrire.
Quelques photos du voyage Nankin-Ji'nan
Le chauffeur et les demoiselles
Les lieux de prostitution en Chine se déguisent souvent en centre de salles de bain(洗浴中心), salon de massage(足疗、按摩), ou bien maison de coiffure(洗头房). On appelle les prostituées « demoiselles »(小姐). Le garçon m’a montré la carte. Lorsque je la lui ai rendue, il a refusé : « A quoi sert-elle si je la garde ? » Alors je l’ai mise dans mon sac en souvenir de mon voyage à Ji’nan.
vendredi 27 mars 2009
Une soirée avec un couple heureux
mercredi 25 mars 2009
La chambre d'hôtel
"Tu gaspillerais ta vie"
A la campagne du nord
Traiter les étudiants comme les enfants
Pendant le déjeuner, j’ai connu un peu les profs : quatre locaux de Ji’nan, une d’une autre ville du Shandong. Et j’étais la seule étrangère à part le lecteur français qui s’est marié avec une Chinoise et s’est installé à Ji’nan. J’en ai été surprise : dans mon département, les profs viennent d’un peu partout et pas un seul Nankinois. La jeune enseignante m’a dit que l’air était terriblement sale à Ji’nan, qu’on était mal payé à l’université, que les gens du Sud ne comprenaient pas le Nord...
J’aurais été tout à fait désespérée si mon professeur ne m’avait pas téléphoné hier pour me dire qu’il avait à peine vu le directeur de l’institut des langues étrangères de Shanda( avec qui j’aurai un entretien d’embauche et qui décidera la personne choisie) en visite dans notre université et qu’il lui avait parlé de moi. Je commence à avoir des doutes sur moi-même. J’espère que le petit pouvoir que mon professeur possède dans le milieu universitaire servirait...
mardi 24 mars 2009
Impressions de Ji'nan
Il a neigé ce matin. J'étais dans un taxi qui me conduisait à l'Université de Shandong. Stupéfaite devant les grands flocons de neige qui fondaient sur la fenêtre de la voiture, je me disais: c'est moi qui ai apporté cette neige étrange du printemps à la ville de Ji'nan ? : )
J'ai vu la grande cathédrale: à un de ses côtés, c'est l'Université de Shandong qui a un très beau campus; à l'autre côté, l'Alliance française mignon et sympa où je suis en train d'écrire un texte sur mon blog pour la revue La Faute à Rousseau(désolée de l'écrire si tard, mes chers messieurs...) D'ici, j'entends très bien un chant bouddhiste diffusé par une boutique. Le chant dure toute la journée et résonne dans toute la rue !
En fait, je suis arrivée il y a deux jours et j'ai passé de super bons moments à l'Université de Ji'nan qui se trouvait à la banlieue. Je trouverais le temps à en raconter.
Ji'nan, c'est différent de Nankin: on mange différemment, on parle différenment, c'est étrange, c'est drôle et...en un mot, il me plaît !
jeudi 19 mars 2009
(M) Les motifs métaphysiques de la procréation, I
La procréation est un acte naturel qu’on trouve chez tous les animaux du monde y compris l’homme. Mais « la nature joue un rôle infime dans le développement d’un être humain : nous sommes des êtres sociaux[1] », dit Simone de Beauvoir. En effet, la situation de la procréation humaine est liée étroitement au développement d’une société : il suffit de constater les phénomènes variées de la procréation dans les différentes sociétés, occidentaux et orientaux, de l’antiquité et des temps contemporains, à la ville et à la campagne pour tirer la conclusion. Si Simone de Beauvoir vivait dans une campagne d’une région reculée de la Chine actuelle, l’idée de refuser la procréation ne paraîtrait pas une seule seconde dans sa tête ; dans une grande ville chinoise, elle rencontrait des femmes qui partageraient son point de vue.
Quand on parle de la procréation, une question est incontournable : pourquoi on cherche à engendrer ? Autrement dit, quelles sont les justifications pour la procréation ? Ou comme pense Simone de Beauvoir, c’est un acte sans justification ?
L’homme pose les questions métaphysiques sur la procréation depuis l’antiquité. Platon (428/427 av. J.C. - 347/346 av. J.-C ), dans Le banquet, y donne son interprétation : « la nature mortelle cherche toujours, autant qu’elle le peut, la perpétuité et l’immortalité ; mais elle ne le peut que par la génération, en laissant toujours un individu plus jeune à la place d’un plus vieux[2]. » Un individu est en perpétuel changement bien qu’il apparaisse identique à lui-même. Il « se rajeunit et se dépouille[3] » sans cesse dans son corps et dans son âme. Même ses connaissances, elles tantôt naissent et tantôt périssent en lui. La connaissance lui échappe et la réfléxion, « en suscitant un souvenir nouveau à la place de celui qui s’en va, maintient la connaissance, de façon qu’elle paraît être la même[4]. » C’est par ce moyen que « ce qui est mortel, le corps et le reste, participe à l’immortalité[5]. » Pour Platon, il y a deux sortes de procréation : ceux qui sont féconds selon le corps cherchent les femmes pour procréer des enfants de chair et ceux qui sont féconds selon l’esprit cherchent les jeunes garçons doués à la fois d’un bel corps et d’un bel âme pour engendrer les choses dont leur « âme était grosse depuis longtemps[6] ». Mais la procréation la plus sublime, c’est de procréer la « beauté éternelle » qui « existe en elle-même et par elle-même[7] ». Celui qui enfante la « beauté divine » va être « chéri par des dieux[8] » et devient immortel. Schopenhauer, philosophe allemand qui vécut entre 1788 et1860, explique l’amour par le désir de l’enfantement dans un texte qu’il nomme Métaphysique de l’amour sexuel. Pour lui, l’amour n’est qu’une illusion des hommes qui cherchent à engendrer par la Volonté aveugle de l’espèce qui poursuit un seul but qui n’est rien d’autres que la conservation de celle-ci. Et cette conservation ne répond pas à aucune finalité[9]. Dans un entretien avec Challemel-Lacour, en 1859, Schopenhauer dit : « le Génie de l’espèce est un industriel qui ne veut que produire. Il n’a qu’une pensée, pensée positive et sans poésie, c’est la durée du genre humain[10]. » Schopenhauer s’inspire de Platon pour traiter la question : l’amour vient du désir de la procréation qui assouvit le désir de l’immortalité. Mais ce qui sépare Platon et lui, c’est qu’il ne croit plus que la procréation apporterait le bien que l’homme aime, ce qui est affirmé par Platon ; pour Schopenhauer, la procréation, c’est de la reproduction du mal qu’est la vie humaine.
Presque à la même époque de Platon, Confucius (551 av. J.C. – 479 av. J.C) a refusé de répondre à ses disciples les questions concernant la mort. Il leur a dit tout simplement : « N’ayant pas connu la vie, comment connaître la mort[11] ? » Pourtant la question a resté là : comment sortir de la peur et de l’angoisse pour la mort ? Feng Youlan(1895-1990), philosophe renommé dans l’histoire contemporaine chinoise, en analysant dans son essai Histoire de la philosophie chinoise[12] la pensée confucianiste nourrie par les disciples et les disciples des disciples de Confucius en à peu près quatre siècles av. J.-C, nous montre que les Confucianiste de l’époque, au moins une partie des Confucianistes ne pensent pas que l’homme a un esprit immortel. La mort à leur yeux n’égale pas cependant le néant car les enfants qui gardent une partie de nous vivent.On ne meurt pas pourvu qu’on ait des enfants. Or, l’immortalité dans l’ignorance reste sans valeur. Les grands hommes, en laissant leur marque dans l’histoire, se font connaître par la postérité . Pour les autres, seuls leurs enfants, les enfants de leurs enfants vont connaître ce qu’ils ont vécu. C’est pour cela que le Confucianisme attribue une valeur importante aux funérailles et à la cérémonie consacré aux ancêtres. Le mariage dans le Confucianisme a la fonction centrale : la procréation. Me marier, enfanter, faire un nouvel moi qui remplacera l’ancien moi, pour garantir mon immortalité corporelle. Préparer son mariage et son enfantement, dans un certain sens, c’est de préparer son cercueil. On comprend donc dans le mariage confucianiste : « trois jours sans musique pour commémorer les ancêtres[13]. » Le Confucianisme ne parle jamais de l’amour conjugal qui compte peu pour la procréation et la perpétuité de la famille. Ne pas avoir des enfants, c’est un crime contre tous ses ancêtres en les anéantissant pour toujours d’un seul coup[14]. La sociologue chinoise Li Yinhe, en écrivant que « ce n’est pas une exagération de considérer la procréation comme la croyance religieuse des Chinois » dans son essai La procréation et la culture villageoise[15], rejoint le point de vu de J. L. Steward : « Le culte des ancêtres est la vraie religion des Chinois[16] ».
On voit maintenant la divergence entre la culture occidentale et chinoise depuis le début du développement de ces deux civilisations. Pour réaliser l’immortalité, Platon et Confucius( qui n’a pas exprimé sa pensée d’une façon explicite ; supposons que ses disciples lui sont fidèles) ont pensé tous à la procréation ; le premier se tourne vite à la procréation spirituelle alors que le dernier, en abandonnant toute illusion d'un esprit immortel, met l’accent sur la vie, sur l’éternelle présence corporelle conservés par les descendants de génération en génération. Cela pourrait expliquer la fécondité de la pensée occidentale qui a accouché des conceptions modernes delaquelles on profite pour vivre avec plus de liberté et de dignité, et le gigantesque de la population du peuple chinois qui, après avoir vécu toutes sortes de malheurs pendant quelques mille ans, occupe une cinquième de la population terrestre au début de ce 21ième siècle où l’on vit.
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[1] Alice Schwarzer, Simone de Beauvoir aujourd’hui, Mercure de France, 1984, P. 84.
[2] Platon, Oeuvres complètes, t. III, chez Librairie Garnier Frères, 1937.
[3] Ibid.
[4] Ibid.
[5] Ibid., p. 67.
[6] Ibid., p. 68.
[7] Ibid., p. 70.
[8] Ibid., p. 71.
[9] 参见:李银河主编,《性爱二十讲》第三讲:《论性爱》(叔本华)。 Cf. « Métaphysique de l’amour sexuel », in Vingt leçons de la sexualité, recueil des textes classiques occidentaux sur la sexualité et choisis par la sociologue Li Yinhe(1952-).
[10] http://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Schopenhauer. L’authenticité de la citation reste à vérifier.
[11] “未知生,焉知死?”,见《论语·先进篇第十一》。Entretiens de Confucius, chapitre XI.
[12] 冯友兰,《中国哲学史》,华东师范大学出版社,2001年。
[13] “取妇之家,三日不举乐,思嗣亲也。”(《曾子问》,《礼记》卷六页四),见《中国哲学史》(上册)第264页。
[14] 参见:《中国哲学史》(上册),第263-264页。Cf. Histoire de la philosophie chinoise.
[15] 李银河,《生育与村落文化》,文化艺术出版社,2003年。
[16] La procréation et la culture villageoise, p. 122. J’ai cherché des informations sur ce J.L. Steward que Li Yinhen a cité, mais je n’ai rien trouvé par internet.
mercredi 18 mars 2009
Bientôt à Ji'nan
Depuis que j’ai annoncé cette nouvelle à des amis, presque tout le monde a été surpris : « Ah bon ?! Tu as bien réfléchi ? ». C’est un peu comme si je m’exilerais dans un pays étranger. Le Jiangsu, c’est parmi les provinces les plus développées de la Chine alors que le Shandong... Une copine qui vient de la ville de Suzhou(du Jiangsu) m’a demandé même : « Ji’nan...c’est où ? » Bon.
Les deux autre filles (on est six dans la classe, mais seules nous trois serons diplômées cette année) Mélanie et Charlotte ont trouvé leur place : Charlotte dans une bonne maison d’édition de Nankin, Mélanie dans le comité d’un arrondissement de Shanghai du parti中国民主同盟 créé en 1941 (la République Populaire de Chine est créée en 1949 )dont le président actuel est l’ancien président de mon université. Ses membres sont dans la plupart intellectuels. Je ne peux pas dire que c’est un parti de l’opposition puisqu’en Chine les partis sont en « harmonie » et en coopération et non plus que c’est un parti qui n’est pas au pouvoir puisqu’il ne sera jamais au pouvoir dans le système actuel. C'est par réussir à l'examen administratif organisé par le gouvernement que Mélanie a obtenu son poste.
Et moi, je serais contente de trouver une place dans l’université. J’ai beaucoup réfléchi ces derniers jours : l’université est sans soute le seul endroit où je pourrais avoir une certaine liberté, corporel et spirituel, même si elle est polluée elle aussi par le pouvoir :
Hier j’ai vu une annonce du Ministère de l’Education sur les programmes dans les sciences humaines. Parmi les critères qu’il posait pour juger si un programme ait de la valeur, il y avait celui de correspondre au marxisme, aux grands rapports récents des dirigents du parti...
L’ennui dans les études étrangères, c’est qu’on se sent loin de son pays et de sa réalité. C'est une chance d'ailleurs si cette réalité n'est pas très belle.
mardi 17 mars 2009
Un chant nocturne
Dès que j’ai traversé la muraille, les bruits des voitures m’ont inondée. Je me suis arrêtée dans ce monde lumineux, pendant une seconde ne savant pas où aller.
(M) La facticité du corps
Le corps, aux yeux de Simone de Beauvoir, n’est pas une valeur en soi. Pour un être humain, son organisme obéit à la loi naturelle comme toutes les autres choses du monde, mais la société humaine n’est jamais abandonnée à la nature. Ce n’est pas par le corps qu’un homme trouve sa dignité humaine, mais par sa volonté et sa liberté réalisée. L’organisme peut même provoquer un dégoût à Simone de Beauvoir. Quand pour la première fois, elle a ses règles de la jeune fille, elle se sent « déchue » : « En face de mon père, je me croyais un pur esprit, j’eus horreur qu’il me considérât soudain comme un organisme » et porte avec envie son regard vers son père et la « sphère limpide » de l’esprit. Lorsque sa secrétaire Lucienne Baudin a reçu un traitement hormonal après être attaquée par un cancer au sein, elle n’a qu’une envie devant le « paquet de glandes où la pourriture s’était mise » que Baudin porte, c’est de « fuir[3] ». Ce dégoût pour le pur organisme et sa contingence, Sartre y consacre tout un livre : La nausée. Dans combien de mesure un être humain , s’il ne cherchait pas à se dépasser de sa condition, se différencierait d’un arbre?
Les arbres flottaient. Un jaillissement vers le ciel ? Un affalement plutôt ; à chaque instant je m’attendais à voir les troncs se rider comme des verges lasses, se recroqueviller et choir sur le sol en un tas noir et mou avec des plis. Ils n’avaient pas envie d’exister, seulement ils ne pouvaient pas s’en empêcher. Voilà. Alors ils faisaient toutes leurs petites cuisines, doucement, sans entrain ; la sève montait lentement dans les vaisseaux, à contrecoeur, et les racines s’enfonçaient lentement dans la terre. Mais ils semblaient à chaque instant sur le point de tout planter là et de s’anéantir. Las et vieux, ils continuaient d’exister, de mauvaise grâce, simplement parce qu’ils étaient trop faibles pour mourir, parce que la mort ne pouvait leur venir que de l’extérieur[4].
Un arbre est un pur existant organique qui « naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre[5] ». Il est là, tout simplement. Un corps humain sans la conscience, c’est pareil. Simone de Beauvoir dit franchement dans ses mémoires qu’elle n’aime pas les « poupons[6] » bien que les enfants un peu plus âgés puissent la charmer. Un poupon, selon elle, c’est une « prolifération gratuite, un fait brut dont la contingence est symétrique de celle de la mort[7] ».
L’image publique de Simone de Beauvoir est souvent une intellectualiste froide : elle proclame d’ailleurs que « la tête seule[8] » est « importante». Or, si l’on lit ses mémoires, on peut trouver qu’elle est une femme extrêmement sensuelle qui aime les découvertes corporelles. Goûts, lumières, couleurs...rien ne lui échappe. Elle voyage beaucoup et elle l’adore. Jeune femme, elle aime explorer la terre par ses pieds. A Marseille, souvent, elle marche tout seul pendant neuf ou dix heures pour découvrir la région. Elle sort à l’aube et ne rentre qu’à la nuit. Elle prend plaisir, dans ces promenande, à « utiliser » son corps, « jusqu’aux limites de ses forces[9] ». Pour elle, « chaque promenande était un objet d’art[10] ». Plus tard, à l’âge de maturation et de retraite, son goût de voyage reste toujour là. Les voyages, c’est avant tout pour assouvir son besoin éternel : connaître. Les promenades à Marseille par exemple, elle sont ses « exploits » qui répondent à son « rage de collectionneur[11] ». Elle domine la région par ses pieds. Mais ce qu’elle veut par le voyage est plus que ça : elle veut aussi une présence je dirais « charnelle » du monde. « Pour m’éclairer sur un pays des lectures et des conversations sont nécessaires mais à elles seules, elles ne sauraient me donner l’équivalent de la présence des choses, en chair et en os. » « Si je marche dans des rues, que je me mêle à la foule, la ville et ses habitants se mettent à exister pour moi avec une plénitude que des mots sont impuissants à me donner[12]. » Certes, elle cherche à comprendre au cours de ses voyages : les contextes historiques et culturels d’un monument, la condition de vie d’un peuple, mais aussi elle se satisfait de l’apparence des choses, de les admirer telles qu’elles sont, de se réjouir d’un corps chaud du monde. Roquentin, héro de La nausée, se croit percevoir la vérité ou l’essence du monde et se moque légèrement de ceux qui se promenent le dimanche au bord de la mer, fascinés par sa beauté sous le beau soleil. Si Simone de Beauvoir est une Roquentin, elle ne refuse pas d’adhérer à cette foule au bord de la mer et de s’en émerveiller de tout coeur avec eux. Des nuages, aussi contingents qu’un arbre, à ses yeux, sont touchants :
Les ombres des nuages disputaient au soleil les verts et les ors des prairies ; au-dessus de ma tête le ciel immense et tourmenté était un spectacle changeant comme une mer : des nuages y flottaient, ils se rassemblaient, ils s’effilochaient ; la lumière se voilait, elle déferlait par rafales. Je ne me lassais pas de suivre du regard ces jeux, ces fêtes[13].
C’était les nuages au-dessus de sa tête pendant sa promenande au sud de la Loire. Il y a aussi ceux sous ses pieds quand elle prend l’avion :
Ce sont de vastes plaines polaires, creusées de noires crevasses ; ce sont des banquises où moutonnent des congères et où foisonnent de blancs arbustes bourgeonnants[14].
On dirait qu’à ces moment de contemplation, Simone de Beauvoir ne pose pas un regard chercheur sur le monde, mais un regard d’intimité : le monde et elle s’unit dans une harmonie silencieuse. Elle n’est plus ce sujet angoissé qui dit : « entre le passé qui n’est plus, l’avenir qui n’est pas encore, cet instant où il existe n’est rien[15] ». Cet instant, elle est là, elle s’oublie et se confond avec le monde : « passé, avenir, tout s’est évanoui ; il n’y avait plus qu’une glorieuse présence[16] ». C’est la « plénitude » dans laquelle s’abolit sa consicence et qui lui donne une illusion d’ « infini[17] ».
Ces descriptions que Simone de Beauvoir fait de l’expérience de la disparition de sa consicence peuvent évoquer à des amoureux de la culture chinoise un fameux texte[18] dans le Zhuangzi, un des livres classiques dans l’histoire chinoise, composé entre le IVe et le IIIe siècle avant J.C. Le chapitre 2 du Zhuangzi commence par une scène de l’extase d’un maître : « appuyé sur son accoudoir, le regard tourné vers le ciel », il « expirait son souffle dans un état d’abandon ». Le disciple, intrigué, demande au maître : « Comment faisiez-vous pour vous maintenir ainsi ? Peut-on vraiment rendre son corps pareil au bois mort et son esprit pareil à la cendre ? » Celui-ci répond : « T’es-tu rendu compte que tout à l’heure j’avais perdu mon moi ? » et raconte sa vision des « flûtes célèstes[19] » au disciple.
On trouve donc des affinités entre Simonde de Beauvoir et le maître à l’extase. Ils ont le même état d’abandon : le sujet perd sa conscience qui ne se limite plus en elle-même, elle se confond avec les choses et se perd dans l’infini du monde qui lui s’ouvre. Ici, la confrontation entre le sujet et l’objet sur laquelle insiste Simone de Beauvoir, se dissout. Pour le corps, la vie et la mort ne se distinguent plus (« le bois mort » chez le maître ), non plus la présence et l’absence pour la conscience. Tout se confond dans une plénitude ambiguë.
En tant que philosophe existentialiste, Simone de Beauvoir ne se permet pas de s’abandonner longtemps dans un état où elle s’oublie. Elle va se relancer avec angoisse dans ses projets qui tendent vers l’avenir. La paix, la plénitude, le bonheur, elle le sait bien, n’est qu’un moment de repos alors que son existence, c’est la lutte, c’est les efforts[20]. Il faut qu’elle se dépasse, se « transcende ». Elle ne peut pas être autrement parce que la tendance permanente à vouloir se dépasser, selon elle, est constituive de chaque conscience[21]. Et c’est le mouvement de transcendance qui justifie l’existence humaine. Mais pour que ce mouvement ait un sens concret, « il faut que la joie d’exister soit affirmée en chacun, à chaque instant ; c’est en s’épaississant en plaisir, en bonheur, que le mouvement vers la liberté prend dans le monde sa figure charnelle et réelle[22] », dit-elle dans son essai philosophique Pour une morale de l’ambigïté. Dommage que cette idée de la « joie d’exister » (ou la « bonté concrète » ) est peu développé par elle dans l’essai. On comprend mal selon sa logie comment on affirme la « joie d’exister » « à chaque instant » si l’on doit perpetuellement se projeter dans l’avenir, ce qui apporte surtout l’angoisse. La bonté concrète,c’est lié au présent : « un clochard prenne plaisir à boire un litre de vin, un enfant à jouer au ballon, un lazzarone napolitain à paresser au soleil[23] »...Ici, il n’y a que l’épaisseur et la chaleur de l’ici et du maintenant. Selon une vision existentialiste du temps, le présent sans être éclairé par la lumière de l’avenir n’est rien : il faut qu’un individu réalise ses projets pour se justifier et cettte justification reste toujours à venir ; seul l’avenir peut garder vivant le présent en le dépassant. La bonté concrète, elle n’est donc rien ? Bien sûr que non. On a déjà répété le propos de Simone de Beauvoir : sans la bonté concrète, la transcendance n’a pas une figure charnelle et réelle. On dirait que la morale qu’elle propose, si ce n’est pas paradoxale, c’est tout au moins « ambiguë ».
Revenons à l’extase. Lorsque Simone de Beauvoir se confond avec les choses, d’après la morale existentialiste, elle n’existe pas, elle est là, tout simplement, puisqu’elle a perdu sa conscience, qu’elle ne cherche pas à se dépasser. Mais on ne peut pas dire qu’elle est une présence figée dans son immanence : on a su la vue grandiose du maître taoïste dont l’esprit voyage dans l’infini du monde. Simone de Beauvoir, quant à elle, elle dit aussi qu’elle a une illusion d’infini à ces moments où elle s’oublie. Elle n’est pas « au milieu du monde », terme de Sartre pour dire une existence réduite à sa pure facticité parmi les choses, mais elle se dissout comme un souffle dans le monde et dans le présent. Elle ne cherche pas à dominer les choses, elle les rencontre avec intimité : le monde s’ouvre totalement à elle, et inversement. Le maître dit qu’il a perdu son moi. Ce n’est pas tout à fait vrai : au lieu de disparaître, son moi se transforme pour entrer dans un monde plus grand et plus libre que l’ancien où il a vécu. Contrairement à l’existentialisme qui attribu une valeur sublime à l’avenir, le Zhuangzi nous propose de découvrir le présent dans le monde, de l’approfondir vers l’infini. Dans ce sens, la bonté concrète dont parle Simone de Beauvoir est possible et valable : c’est un lien intime entre l’être humain et le monde dans un présent où les limites du corps, de la conscience, du sujet et de l’objet disparaissent et cette intimité nous apporte la joie et le bonheur de vivre.
Simone de Beauvoir dit qu’elle est douée pour le bonheur. On peut y croire à la lecture de ses mémoires.Le philosophe Robert Misrahi(né en 1926)qui lui avait donné l’idée d’écrire Pour une morale de l’ambiguïté a apporté ses témoignages lors d’un entretien réalisé en 1998 :
« J’avais l’impression qu’elle (Simone de Beauvoir) était beaucoup plus proche de la vie concrète que Sartre. J’avais beaucoup aimé son roman L’Initée. Bien sûr, il y a les problèmes généreux des relations entre les personnages, mais aussi, entre les lignes, ce que j’appellerais un véritable sens du bonheur qu’elle n’a pas développé, un sens concret de la joie, et c’est ce sentiment-là que j’avais quand je la voyais», « elle était dynamique, ouverte, elle aimait bien les choses[24]. » Après avoir prononcé ces mots, Misrahi n’a pas oublié d’insister que « Sartre et Beauvoir, Sartre plus que Beauvoir, n’ont pas su se rapprocher vraiment de la recherche humaine de joie et de bonheur[25]. »
On ne manque pas de documents pour confirmer ce que dit Misrahi. Voyons un domaine dans lequel l’on peut avoir une joie intense et concrète : la sexualité. Sartre avoue : « Je faisais l’amour souvent, mais sans un très grand plaisir. » Beauvoir le confirme dans une de ses lettres à son amant américain Nelson Algren : « je suis liée à lui(Sartre), par un amour cependant qui se rapprocherait plutôt d’une fraternité absolue- sexuellement, ce ne fut pas une parfaite réussite, essentiellement à cause de lui, il n’est pas passionné par la sexualité. C’est un homme chaleureux, vivant, en tout sauf au lit[26]. » Elle essaie de donner son interprétation de la frigidité sexuelle de Sartre dans les entretiens de 1974 : cette frigidité « ne vient-elle pas du refus moral de s’abandonner à son corps, de l’horreur de la contingence ? » Sartre confirme : il garde la maîtrise, il n’y a pas de réciprocité, il crée l’autre personne d’une certaine façon en la caressant, d’où un sentiment d’impérialisme, voire de sadisme[27]. Beauvoir, quant à elle, « un amour vrai, total », « où le coeur, l’âme et le corps ne font qu’un » a énormément marqué sa vie amoureuse : c’est la rencontre avec Nelson Algren. Cet amour est tellement fort que même l’Atlantique ne peut pas lui empêcher de le désirer. L’épreuve : ses lettres abondantes écrites à ce dernier pendant une dizaine d’années(1947-1964).
On remarque donc que les moments de bonheur et de joie chez Simone de Beauvoir, c’est souvent ceux où son corps et sa consience « ne font qu’un ». Sartre, auteur de L’être et le néant, fondateur de l’existentialisme, en est privé alors que Simone de Beauvoir, philosophe de l’existentialisme elle aussi, elle en connaît parfaitement dans sa vie. Voilà à mon avie la plus grande différence entre ces deux personnes dont l’existence se lie étroitement l’un à l’autre : « Sartre vivait pour écrire ; il avait mandat de témoigner de toutes choses et de les reprendre à son compte à la lumière de la nécessité ; moi, il m’était enjoint de prêter ma conscience à la multiple splendeur de la vie et je devais écrire afin de l’arracher au temps et au néant[28] », dit Simone de Beauvoir dans ses mémoires. Je vais reparler de cette différence dans le chapitre sur l’écriture de Simone de Beauvoir.
Maintenant réexaminons son attitude sur la procréation. Elle dénonce que la mère ne crée pas vraiment l’enfant par le corps qui est la facticité et la contingence et que pour cela la procréation n’a pas de justification. Elle constate en même temps que la femme enceinte « n’est pas un objet soumis à un sujet », ni « un sujet angoissé par sa liberté », « elle est cette réalité équivoque : la vie[29] ». Elle s’arrête là. Elle n’a pas continué à developper cette idée. Or, elle pourrait penser, en écrivant ces phrases, à tous les moments de sa vie où elle ne cherche pas à créer ni dominer, les moments où elle se contente d’être présente dans le monde, avec son corps auxquel elle s’unit. Elle doit comprendre la femme enceinte, elle, Simone de Beauvoir.
[1] Pour une morale de l’ambiguïté, p. 143.
[2] Tout compte fait, Gallimard, 1972, p. 11.
[3] Cf. Danièle Sallenave, Castor de guerre, Gallimard, 2008, p. 352.
[4] La nausée, Gallimard, Collection Folio, 1938, p. 190.
[5] Ibid.
[6] La force de l’âge, p. 91.
[7] Le deuxième sexe, t.II, p.347.
[8] Dans un entretien sur la beauté féminine et le vieillissement, Cf. Alice Schwarzer, Simone de Beauvoir aujourd’hui, Mercure de France, 1984, P. 91.
[9] La force de l’âge, p. 108.
[10] La force de l’âge, p. 109.
[11] Ibid.
[12] Tout compte fait, p. 290.
[13] Ibid., p. 315.
[14] Ibid., p. 341.
[15] Pour une morale de l’ambiguïté, p. 11.
[16] La force de l’âge, p. 104.
[17] Tout compte fait, p. 291.
[18] Texte original : 南郭子綦隐机而坐,仰天而嘘,苔焉似丧其耦。颜成子游立侍乎前 ,曰:“何居乎?形固可使如槁木,而心固可使如死灰乎?今之隐机 者,非昔之隐机者也?” 子綦曰:“偃,不亦善乎而问之也!今者吾 丧我,汝知之乎?女闻人籁而未闻地籁,女闻地籁而不闻天籁夫!”
[19] Traduction de Jean-François Billeter
[20] Danièle Sallenave nomme son livre sur Beauvoir « Castor de guerre » qui reflète les luttes qu’elle réalise pendant toute sa vie.
[21] Ingrid Galster, Beauvoir dans tous ses états, Tallandier, 2007, p.164.
[22] Pour une morale de l’ambiguîté, p. 168.
[23] Ibid.
[24] Beauvoir dans tous ses états, op. cit., p. 213. Dommage que je n’ai pas pu trouver l’oeuvre de Misrahi avec qui je partagerais l’idée sur le sens concret du bonheur et de la joie.
[25] Ibid., p. 214.
[26] Lettres à Nelson Algren, Gallimard, « folio », 1997, p.326.
[27] Cf. Beauvoir dans tous ses états, op.cit., p.67-68.
[28] La force de l’âge, p. 21.
[29] Le deuxième sexe, t. II, p. 346.
samedi 14 mars 2009
Une poussière
S'il y avait une soupe qui faisait oublier des choses, j'aimerais en prendre.
vendredi 13 mars 2009
(M) Structure du mémoire
I. Pour une morale de l’ambiguïté
L’ambiguïté
La facticité
La transcendance
II.La procréation sans justifications
La facticité du corps
L’enfant : une conscience indépendante
La formation de l’enfant : une entreprise justifiable
III. L’Ecriture, son projet de vie
La création qui donne du sens à la vie
La religion et le salut
Camus : la création absurde
Conclusion : la vie vaut plus que le sens de la vie.
La structure, c'est bon ?
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Ce qui m'a angoissée, c'est une structure que je ne suis pas arrivée à suivre. J'ai fait des changements et ça me paraît beaucoup mieux.
J'ai des difficultés à expliquer des termes philosophiques pour le premier chapitre(par manque de lecture philosophique de Sartre). C'est le troisième qui me donne le plus envie à écrire: je n'ai pas encore commencé...
jeudi 12 mars 2009
La rédaction d'un mémoire
Heureusement que le printemps n’est pas vraiment arrivé, sinon comment je pourrais m’enterrer dans les documents au lieu d’embrasser le beau soleil ?
mercredi 11 mars 2009
Avancer ou revenir
J’ai trouvé d’ailleurs l’annonce du recrutement d’un collège de Nantong南通 qui est très proche de ma famille : une heure de bus du collège à la maison de mes parents. Une petite ville où la vie n’est pas très chère, un boulot stable et pas trop fatiguant, c’est idéal pour une fille, comme on dit. Si je travaillais là-bas, je pourrais passer mes weekends à la campagne le plus souvent possible. Ca c’est bien. Mais je sais que ma découverte du monde s’arrêterait là. Mes cousins, cousines, anciens camarades, des relations m’envelopperaient et je me marierais vite sous la pression familiale...
Avancer ou revenir ?
Je me sens si jeune à vouloir avancer
Et je suis tellement fatiguée à vouloir revenir.
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Je pense à une autre occasion qui m'attirée:
Une école des langues étrangères de Chongqing重庆 était en train de recruter des enseignants de français. Je me suis posé la candidature et puis j'ai consulté l'horaire de train de Nantong à Chongqing: il n'y a qu'un seul train entre ces deux villes qui dure...38 heures 14 minutes !
Si j'avançais vers là-bas, ce serait un pas énorme.
Je n'avais jamais pensé que Chongqing était si loin.
Ji'nan, ça va, pas terrible: seulement 5 heures par le train le plus rapide de Nankin; 40 euros pour un aller-retour.
mardi 10 mars 2009
Au-dessus de mon cerf-volant
Au-dessus duquel je m’étends
Descend ! Descend !
Mais il ne peut pas ;
C’est plus fort que moi, le vent.
(Au cours du travail désespérant...)


婺源,Wuyuan, campagne qui fait rêver beaucoup d'étudiants à chaque printemps. Pas très loin de Nankin...
Le concert "chanter les poètes"
« Neige, quel âge as-tu ? »
« Devine ! »
« Je ne peux pas. Tu es jeune... »
« 24, et toi ? »
« 52. Je pourrais être ton père. »
C'est un homme qui ne vieillit pas. Dynamique, passionné, toujours prêt à embrasser le monde. Il a une voix de la mer profonde qui peut noyer le public. Une voix sexy.
J’ai fait la traduction pour un diplomate. Son discours, hélas, était sans âme, comme tous les discours diplomatiques.
La directrice de l’Alliance française, élégante du matin au soir, du printemps en hiver, me fait souvent peur. Je ne sais pas pourquoi. Mais je suis heureuse pour elle : elle s’est mariée recemment je crois. Le mariage, bien que j’en doute, c’est finalement la promesse la plus émouvante du monde pour moi. Ceux qui s’y sont engagés sincèrement sont enviables. Mais si l'on se marie avec doute...
La fille, agent de police, fiancée malheureuse qui tenait un blog dont j’ai parlé en automne dernier, elle a maintenant un amant, un de ses collègues, qui est marié.
lundi 9 mars 2009
A la cantine universitaire
Il pleuvait il pleuvait il pleuvait il pleuvait...enfin le soleil !
dimanche 8 mars 2009
Une future diplomate
« Elle est acceptée par le Ministère des Affaires Etrangères ! »
« Qui ? »
« Elle ! XXX. »
Celle qu’elle aurait envie de tuer.
Elle n’a plus rien dit.
Je n’arrivais pas à imaginer que cette fille qui portait toujours des vêtements flamboyants et d’un style fou pouvait devenir une diplomate de la République Populaire de Chine. C’est par ses propres efforts qu’elle a obtenu le poste. Elle a réussi à des examens administratifs et à des examens de langue. Comme je ne comprend pas pourquoi Yuanyuan peut détester si fort une personne, je ne comprend non plus pourquoi cette fille-là peut faire tellement d’efforts pour réussir. Je me sens lasse. J’ai été une fille ambitieuse. A l’école, quand je n’avais pas la meilleure note dans la classe pour un examen, je pleurais jour et nuit pendant quelques jours. Aujourd’hui, je dirais d’abord que ces examens sont nuls et que je m’en fous. Je sais que ce n’est pas bien, pas bien du tout, cette attitude. La vie sourit à ceux qui font des efforts. Mais il faut d’abord que je me convainque que les choses méritent mes efforts et c’est souvent difficile.
Les pensées sont quelquefois vénéneuses.
samedi 7 mars 2009
La mort d'un insecte
C’était un après-midi de printemps, à ma première année universitaire. Le campus où j’ai passé trois ans se trouvait au pied d’une montagne qui s’appelait « le roi de dragon ». Le soir, les professeurs rentaient à la ville et les étudiants nous restions là, dans les dortoirs du campus. Un campus énorme avec des rues larges, trop larges même, des bâtiments sombres et des jeunes rêveurs. Ma vie à l’époque était très simple : apprentissage du français, lecture, films, volleyball et Florence. J’en étais contente. Aujourd’hui penser à ces trois ans, c’est comme voir à travers la fenêtre une nuage toute blanche flotter peu à peu vers l’horizon jusqu’à me laisser seulement une silouette ambiguë...Et l’image de l’insecte m’est survenue.
C’était un après-midi de printemps.Je lisais sur un banc en pierre sous un pommier d’api au somment d’une toute petite colline du « roi du dragon ». La colline s’appartenait à l’université qui y a planté beaucoup de pommiers d’api qui avaient des fleurs roses baissant la tête comme devant une institutrice des écolières qui n’ont pas fini leur devoir à la maison.
J’avais derrière le banc un pommier d’api et un pin devant moi. Il n’y avait personne sauf des promeneurs qui sont passés quelquefois du pommier d’api au pin et quelquefois du pin au pommier d’api. J’aimais les bruits de leur pas sur le pavé en cailloux et qui frottait des herbes sauvages en pleine vie. Les bruits qui surprenaient des fleurs jusqu’à c
e que des pétales tombaient pour s’arrêter, de temps en temps, sur mes épaules...C’est à ce moment-là que j’ai vu un insecte marcher près de mon pied. Tellement laid. Et j’avais peur qu’il marche sur moi. Je l’ai tué : j’ai mis une pétale sur lui pour ne pas le voir et je l’ai écrasé sous mon pied. Le crépuscule a rendu somptueux le ciel sous lequel j’ai quitté, après avoir commis un crime silencieux, mon banc, mes fleurs et le pauvre cadavre de l’insecte.Le livre que j’ai lu à cet après-midi, c’est L’invitée de Simone de Beauvoir. Je n’avais jamais entendu son nom et j’avais choisi par hasard ce livre à la bibliothèque. Je n'ai pas fini la lecture et je n’ai jamais eu le courage de la reprendre. Le soir même, j’ai dit à Florence : « Que les Français sont bavards. Il suffit de lire ce livre qui s’appelle L’invitée pour le savoir. L’auteure est bavarde comme... Imagine quelqu’un qui déchire des papiers et jète de petits morceux dans l’air devant toi. C’est bien son style ! » Moi, à l’âge de 19 ans, comment je pouvais imaginer que cinq ans plus tard, l’auteure de L’invitée exercerait une influence inégligeable dans ma vie et que je bavarderais tous les jours en français et avec des Français...

Le 6 février, 2007:
A Pukou, l’autre campus de l’université qui se trouve à la banlieue où j’ai passé trois printemps, il y avait chaque avril des centaines et des milliers de petits papillons blancs qui volaient partout dans le campus, surtout près de la colline, ce qui constitue un de mes plus beaux souvenirs de Pukou. Mais où viennent ces papillons ?
« La colline a été le territoire des petits papillons blancs, mais elle a été envahie plus tard par notre université. Les papillons ont déménagé aux autres coins du monde en se séparant, mais avant de partir, ils ont fixé un rendez-vous : revenir, où qu’ils soient, au mois d’avril chaque année pour se revoir dans leur foyer perdu. Au lieu d’appeler cette colline la Montagne du Roi de Dragon, je préfère la Colline des Papillons. »
C’est ce que j’ai écrit sur mon blog d’alors et un ami a ajouté un commentaire en m'expliquant scientifiquement où venaient ces papillons. Depuis lors, quand je me souviens des papillons à Pukou, je pense inévitablement à des cocons qui ressemblent à des crachats sur les herbes. Tant pis pour la Colline des Papillons.
La science peut bien expliquer les choses, mais quelquefois, je préfère n'en connaître rien.
(Lorsque j'ai relu ce morceau que j'ai écrit il y a deux ans, j'ai trouvé que mon français d'alors a été ho-rri-ble! Quasiment impossible à lire ! Je ne sais pas comment vous, Xiao-bob par exemple, vous êtes arrivés à me lire. Merci, merci pour tout ce que vous m'avez donné...)
mercredi 4 mars 2009
Concert sous les platanes
mardi 3 mars 2009
Réponse de Shanda
dimanche 1 mars 2009
Les jeunes muets
J’ai dit que mon premier cours de français dans un lycée nankinois était magnifique, ce n’est pas tout à fait vrai. Une chose m’a beaucoup ennuyée : les élèves ne parlaient pas ! Si, ils ont pu parlé ensemble en répétant EN MËME TEMPS une lettre ou un mot, mais quand j’ai posé une question(même très très simple), c’était toujours le silence, le silence et le silence, tout le monde baissait leur tête pour éviter de me rencontrer par le regard. La plupart de la classe étaient les filles(quatre garçons sur trente deux ; le français, c’était leur cours à option ). Avec plus de garçons, ce serait peut-être moins difficle. J’ai insisté qu’ils répondent à mes question tout volontier au lieu que j’appelle un nom par hasard. Je n’y ai pas réussi bien que je les encourage de toute ma force. Je leur ai dit donc : « J’ai deux buts pour mon cours et j’espère que je peux les réaliser à la fin du semestre. Le premier, vous maîtriserez un peu de français élémentaire ; le deuxième, vous aurez plus d’envie et plus de courage de vous exprimer en public ! » A la fin de la dernière heure, une fille s’est levée volontaire pour répondre à une question, tout le monde a applaudi pour elle. Mes élèves avaient à peu près 17 ans, parmi les meilleurs lycéens de la ville(leur lycée est réputé à Nankin). Ils faisaient bien des notes, ils n’étaient pas souvent dans la lune, ils étaient travailleurs, gentils, intelligents sans doute, mais ils n’aimaient pas ou plutôt n’avaient pas l’habitude de s’exprimer en public, même si c’était un tout petit public avec une trentaine de personnes.
Je suis sûre pourtant qu’une certaine partie de ces adolescents tiennent leurs journaux intimes. Si l’individualisme n’est pas encouragé, les individus existent toujours.
(J'ai écrit ce billet après avoir lu : http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/02/27/tous-au-college/)