jeudi 16 avril 2009

Partage de midi

Hier soir, on est allés voir Partage de midi, une pièce de théâtre de Paul Claudel mise en scène par J.C. Blondel. J’ai passé trois heures sans que je m’en rende compte : c’était si passionnant. Le scénario était d'une pure poésie et les acteurs étaient magnifiques.On trouve tous les grands sentiments dans cette pièce : amour, haine, désespoir, folie, dévouement, conquête, échec...etc., tout ce qui est luxueux dans notre époque actuelle où l’on se dit que rien n’est très grave. Les spectateurs ne comprenaient pas seulement les francophones et on avait donc la traduction chinoise du scénario sur deux écrans. Yi ne parle pas du tout le français et c’est en lisant la traduction qu’il a vu la pièce. Après qu’on est sortis de la salle, je lui ai demandé si elle lui plaisait. Il m’a répondu : « Oui, mais le scénario aurait pu être moins long. Il me semble que les Français parlent trop. » Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles il a du mal à voir les films français. Lui, il écrit des poèmes dans le chinois classique qui est une langue très concise. Il a passé une semaine dans un temple où il faisait la méditation zen dans le silence. Et il ne supporte pas qu’on exprime une chose par trop de mots. Je me rappelle les premières années de mes études françaises où j’ai eu le même sentiment que lui sur le français et aujourd’hui, que le français me tienne le coeur ! Je vais faire des efforts pour que Yi tombe amoureux du cinéma français. La vie à deux est enrichissante quand on cherche à partager. Il m’a dit que je lisais trop de livres occidentaux et que de plus je les ai lu sans les comprendre vraiment, que « si tu avais lu plus les classiques chinois, les mots comme le néant n’auraient jamais été présents dans ton dictionnaire. » J’aime qu’il me parle des phrases des grands sages anciens.

Ce matin, une fièvre m’a prise. A l’hôpital, le médecin m’a dit : « L’amygdalite. » Ah bon....
Je m’assoyais hier soir dans la salle de théâtre avec à mon côté droit Yi et à mon côté gauche celui qui m’avait accompagnée la dernière fois quand j’avais été attaquée par l’amygdalite. Une amygdalite résistante qui avait duré tout un mois d’avril l’an dernier...

10 评论:

Anonyme a dit…

BelleNeige j'espère que tu te rétabliras bien vite afin de vivre pleinement ce printemps que tu mérites tant.Mildred

Neige a dit…

Chère Mildred, cette fois-ci l'amygdalite n'est pas grave, je vais déjà beaucoup mieux qu'hier, ne t'inquiète pas : )

jb a dit…

il ne supporte pas qu'on exprime une chose par trop de mots...

... voilà un bon principe (pas trop respecté par Sartre et Beauvoir, évidemment).

Anonyme a dit…

La prétendue brieveté des classiques chinois, ça me fait toujours marrer. Combien y a-t-il de caractères dans le Zhuangzi, déja? Et dans Hanfeizi? Sans parler de ton ancêtre paternel, là, Cao Xueqin. Deux tomes de la pléiade dans la traduction française. J'ai cru mourrir avant la fin (c'était trop interminablement triste)
La plupart des textes vraiment brefs, ce sont des fragments dont on a perdu des bouts, ou des apocryphes.
Ben

Anonyme a dit…

Belle Neige ça me rassure un peu sur moi-même de savoir que ce Ben se sent tout au moins aussi perdu que moi devant le Cao Xueqin du Rêve dans la collection de la pléiade; ça fait déjà deux fois que je renouvelle les deux tomes du prêts à la bibli; mais bref j'aime plutôt bien mais est-ce aussi fragmentaire que le dis Ben, moi j'ai aucune référence sauf d'aimer bien, bien sûr je dors après cinq pages, sauf que j'y reviens envers et contre tous.Mildred

Guillaume a dit…

Eh bien, Neige, tu sembles avoir rencontré un sacré bonhomme! Bravo.
Pour la concision, je suis d'accord avec Ben. Il faut comparer Le partage de midi avec les Mu Tan Di par exemple. Les pièces de l'opéra Kun duraient plusieur jours : aujourd'hui on en fait des versions courtes de 9 heures!!! Moi j'ai adoré, en revanche, j'ai absolument adoré Le Pavillon de la Jeunesse Eternelle, qui avait duré trois heures par soir pendant trois jours.
Parle de cela avec ton sage amoureux, et dis-nous ce qu'il en pense.

Et prends soin de toi, petite Neige, je te souhaite un prompt rétablissement.

Neige a dit…

Pour dire le vrai, j'ai essayé plusieurs fois en vain de finir ma lecture du Rêve dans le Pavillon Rouge!

Je crois que ce qui empêchait Yi d'admirer Partage de Midi, c'est surtout le problème de la langue: la traduction est loin d'être suffisante(presque impossible)vue la poésie de Claudel.

Quant à ton cas de l'opéra Kun, Guillaume, c'est autre chose. A part du scénario, il y a aussi la musique classique, les gestes exotiques...etc. pour te combler.

P. J. Grath a dit…

Il y a 20 ans, à peu près, que j’étais dans le Sud de la France pour l’anniversaire de la mort de Vincent van Gogh, et dans les arènes d’Arles s’est passé un film sur van Gogh et an concert. Après, ayant peur d’un colloque interminable, je me suis levée a partir. Surprise! Au lieu de parler, les organisateurs nous a offert les feux d’artifice. Superbe!

Je suis contente que tu vas meix, Neige.

Anonyme a dit…

Si vous n'avez pas fini le "Rêve", je peux tout de suite vous raconter la fin : la grand'mère devient méchante et veut absolument marier le garçon avec une autre cousine ; la petite cousine (celle qu'il aimait, j'ai oublié les noms) en meurt de tristesse ou de tuberculose ; le garçon se fait moine bouddhiste. La famille périclite, tout finit au plus mal alors qu'il y avait tant d'espèrances et de magie dans les commencements. C'est affreusement triste. C'est la vie. Après ça, j'ai arrêté de lire des classiques chinois. J'ai eu l'impression d'avoir épuisé quelque chose.

Neige a dit…

Pamela,
Que tous les organisateurs des colloques ont de belles idées pour les participants!Vivent les feux d'artifice!

Mildred, l'histoire du Rêve est tellement connue en Chine qu'on la connaît par coeur sans lire le livre lui-même.

"La famille périclite, tout finit au plus mal alors qu'il y avait tant d'espèrances et de magie dans les commencements. C'est affreusement triste. C'est la vie."

Comme c'est la vie, c'est naturel, il n'y a donc rien de triste, aurait dit Cao Xueqin.

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