(Ce billet est pour enregistrer une journée troublée dans ma vie actuelle tranquille et quasi-heureuse, et aussi pour mettre le point final à mon hiver avec les gens qui y ont apparu. Je crois souvent que je peux décider moi-même qui entrent dans ma vie et qui en sortent, mais je ne suis pas une metteuse en scène, mais une simple actrice comme tous les autres. Je ne peux rien décider en fait...)
Ils sont arrivés à Nankin au même jour, le Pékinois et Xing, un ancien camarade du college que je n’avais pas revu pendant sept ans. Pour l’invitation du premier, j’ai répondu : « Oui, je suis libre » ; et pour celle du dernier : « Désolée, je ne suis pas libre ce soir. On se voit un autre jour peut-être ? »
Il fait très beau à midi. Je vois le Pékinois descendre du taxi sur la porte de l’université et il m’impressionne par sa beauté malgré son âge de plus de cinquante ans. Il semble plus jeune qu’au jour où il s’assoyait à côté de moi dans le train. C’est pour l’album des photos sur les vieux arbres de Pékin que je voulais le revoir : il m’a promis de m’en offrir un. Il m’a apporté un échantillon (il faut en faire encore un peu de modification), et l’a laissé dans son hôtel parce qu’ « il est trop lourd. » On déjeune ensemble. Il parle beaucoup. J’ai l’impression qu’il ne m’entend pas très bien. Il a un certain problème avec ses oreilles, me semble-il. Alors, je reste muette pour la plupart du temps sinon parle à haute voix pour ne pas le fatiguer. Il parle de son travail, enfin, je sais ce qu’il fait dans la vie en plus de photographier les arbres : il a créé le lit à eau et dirige une usine pour fabriquer ce genre de lit ; il a créé aussi une machine qui peut à la fois vérifier, compter et laver les monnaies et il cherche maintenant des usines qui veulement fabriquer ce genre de machine.
Après le déjeuner, on va à la montagne Pourpre et Or pour visiter le tombeau des Ming où je suis allée beaucoup de fois avec de différentes personnes : garçons ou filles, Français ou Chinois. L’intéressant, c’est que je peux toujours voir de nouvelles choses avec les différentes personnes dans ce même lieu. Avec lui, grand passionné de l’histoire et qui vit depuis sa naissance à Pékin où se trouvent beaucoup de monuments historiques, je vois des détailles que je n’ai jamais remarqué. Il me raconte l’histoire de sa maladie avec ses oreilles et de sa création du lit à eau : c’est à cause de sa maladie qu’il a pensé à créer un lit assez confortable pour le sauver de l’insomnie qui était l’origine de sa maladie. Il met sa main sur mon dos quand il veut bien entendre ce que je dis. Je reste indifférente apparemment bien que je sois un peu malaisée au fond : Il ne faut pas exagérer. Chacun sa façon de parler avec les gens. En sortant du tombeau, on monte sur la muraille des Ming. Je suis un peu fatiguée, lui aussi. On rentre au centre ville pour dîner au cours duquel il me raconte deux histoires :
« J’ai photographié les vieux arbres pendant cinq ans. Certains d’entre eux vivent depuis plus de deux mille ans. Un jour, en regardant un vieux arbre, je me demandais : Finalement c’est quoi, la vie d’un être humain si courte ? Elle n’égale pas une petite branche d’un arbre...»
« Il y a quelques années, j’ai visité la montagne Huangshan. Je suis revenu d’un sommet et j’ai rencontré des gens qui étaient en train de monter. Je leur ai dit : La vue du sommet n’est pas tellement beau qu’on imaginait. Ce n’est pas la peine pour vous de monter si dûrement pour la voir. Ils m’ont souri et continué à monter. C’est comme dans la vie, on nous dit qu’il n’y a rien d’émerveilleux dans la richesse, la réputation, la réussite...mais tout le monde veut malgré tout courir après eux. Il faut les voir de ses propres yeux, il faut courire après des choses dans la vie... »
Il est un homme charmant, si je peux ainsi dire, sauf qu’il a des dents pas très propres : il fume trop, je crois. Le dîner va vers la fin et je m’angoisse un peu : « Comment on passera le restant du soir ? Comment je pourrai lire l’album qui est à son hôtel ? Je n’entrerai pas dans sa chambre malgré tout. Il ne faut pas exagérer, mais de toute façon, c’est un homme que je connaîs à peine. Il faut que je fois un peu prudente... »
L’hôtel n’est pas loin du restaurant et on y va à pied. Je m’arrête au rez-de-chaussé : « Tu peux m’apporter l’album ? Je t’attends ici. Il y a des chaises devant la réceptation...» « Mais non, allons dans ma chambre pour voir l’album. C’est lourd et c’est haut ma chambre, au 29ième étage ! » « Mais l’asenceur bouge très vite...et c’est mon principe de ne pas entrer dans la chambre d’hôtel d’un homme... » « Quand tu iras à Pékin, j'entrerai aussi dans ta chambre...Allons-y ! » « Je suis désolée... » «Bon, je reviens... » Alors, je m’assois sur une chaise pour l’attendre. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai tout à coup envie de pleurer : une solitude me prend. A ce moment-là, je reçois un message de Xing : « Tu es à quelle université ? » « Nanda. Tu es où maintenant ? » « L’université de Hehai.» « Ecoute, je suis dehors pour l’instant et je rentre à l’université à...huit heures et demi, si tu veux me voir, on se rejoindra sur la porte de Nanda, d’accord ? » « C’est très bien ! A tout à l’heure ! »
Il revient et s’assoit à côté de moi en me montrant un super gros livre avec des photos et des mots : de vieux arbres inimaginables ! Tout est photographié par lui pendant cinq ans. Je comprends pourquoi il m’a dit qu’il n’a pas vu un vrai vieux arbre à Nankin après les visites de la ville. Comme ce n’est qu’un échantillon, il ne veut pas me l’offrir : « Dès que les albumes serons bien faits, je t’en offrirai un ! » Il espère que les albumes seront offerts aux invités étrangers aux Jeux Olympiques à l’été à venir par la municipalité de Pékin : « L’histoire de Pékin se trouve dans mes arbres ! » Je feuillete les 400 pages et il me raconte de temps en temps l’histoire ou la légende sur un certain arbre. Enfin, je lui dit que je dois le laisser parce que j’ai encore un vieux ami à voir. « Ah bon...attend, j’ai un petit cadeux pour toi : le café au coco que j’ai acheté à Hai’nan. J’ai oublié de te l’apporter tout à l’heure. Tu viens avec moi pour le prendre dans ma chambre ?» « Mais... » « Viens, viens. » « Il ne faut pas exagérer », je me dis, « tous les hommes ne sont pas paillards, d’ailleurs, ne sois pas narcissique : tu n’es pas si belle à séduire quiconque. » Je m’arrête sur la porte de sa chambre : « C’est mon principe de... » « Oh, entre. » Il prend deux boites de café dans sa valise et me les donner. « Merci...bonne nuit. » « Je t’accompagne pour prendre le taxi. » On redescend par l’ascenseur et sort de l’hôtel. Il fait nuit et froid. Je noue deux boutons de ma veste et il noue le restant pour moi jusqu’à celui sur mon cou, ce qui me gêne un peu. « On passera ensemble les premiers congés de trois jours? » il me demande. Je reste muette : je n’ai pas trouvé tout de suite une réponse convenable pour le refuser. « Au revoir, merci pour le cadeux et... » Il me tend une main pour dire au revoir. Je tend une mienne et il la serre avec son autre main en disant: « Tu as les mains comme celles d’une enfant... » (mais non, je trouve toujours laides mes mains avec les doigts trop gros... ) Je fais glisser ma main des siennnes en rien de temps et lui donne un sourire : « Au revoir. » Je cours vers un taxi...
jeudi 28 février 2008
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3 评论:
Comme tu le dis, nous ne sommes pas metteurs en scène de nos aventures, seulement acteurs et actrices. Mais j'aime ce théâtre. Il y a de très belles scènes. Et puis, on va vers le printemps.
Bon courage pour la suite.
Chère Neige,
C'est très bien, je trouve. Mais pourquoi ne pas écrire un roman? Tu as un vrai talent et une fraîcheur poétique touchante, je suis sûr que le public français y serait sensible.
Oncle Bernard le marsien
Je suis d'accord avec Bernard, homme de Mars. Les récits de Neige sont émouvants et parfois hilarants. En tous cas, si cela devient un livre, je serai heureux de l'acheter.
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