dimanche 10 février 2008

Le théâtre de Confucius

Zhuangzi et Confucius viennent.
Il y a des gens qui se querellent, qui se battent, il y a du sang.
« Pourquoi vous êtes comme ça ? Vous n’aimez pas la paix ?»
« Pourquoi ? Parce qu’on n’a rien d’autres à faire ! » la foule répond à Confucius.
« Ah... »
Confucius élabore un scénario en sept jours : il y a les rôles du roi, du fonctionnaire, du père, du fils, du mari, de la femme ; il y a les jeux du mariage, de la guerre, y compris leur rite strict. En un mot, un scénario où chacun trouve sa place.
« Tenez ! »
« Merci ! » la foule commence à jouer la pièce en s’amusant beaucoup. Peu à peu, ils oublient que la pièce n’est qu’une pièce...
« Mon vieux, réfléchis un peu pour moi, comment je peux perfectionner le scénario ? » Confucius demande à Zhuangzi.
« Il n’y pas de bon ni de mauvais. Fais comme tu veux, »Zhuangzi lui répond. « Finalement, je ne m’intéresse pas au théâtre. »
« Alors, qu’est-ce que tu fais ? »
« Moi, je dors. » Après ses mots, il quitte Confucius et s’endormit à côté d’un grand vieux arbre.

Le jeune Sartre vient.
Il rencontre d’abord Zhuangzi.
« Bonjour Monsieur. Je m’appelle Sartre, Jean-Paul Sartre. Et vous ? »
Zhuangzi, à peine réveillé :
« Moi ?Je suis Zhuangzi dans le rêve du papillon ou le papillon dans le rêve de Zhuangzi ? »
Sartre, tout confus : « C’est un fou », il se dit et s’en va.
Et puis, il voit beaucoup de gens dans une scène de dimanche. Les gens, bien habillés, se saluent.Il marche devant l’un d’entre eux : « Bonjour Monsieur. Vous jouez quelle pièce ? » « Quelle pièce ? Je me promène avec ma famille. » La femme à son côté lui fait un signe, alors le monsieur dit à Sartre : « Excusez-moi, Monsieur...» Ils s’en vont et Sartre entend la femme parler derrière lui: « C’est un fou. »
Il continue à marcher et le cas se répète plusieurs fois : « Qu’est-ce qu’ils ont ? Pourquoi ils ne se rendent pas compte qu’ils sont dans un théâtre ? »...
Il marche très longtemps, en traversant la foule et il arrête à la fin :
« Ah !Ah !Ah ! »
Il se situe au bord.
Il ne voit rien, n’entend rien. Rien devant lui, sauf ce noir silencieux infini. Il jette une pierre qui disparaît sans bruit.Un vertige le prend. Et puis la peur, la peur de tomber et disparaître comme la pierre. Enfin, la nausée, quand il pense à la foule : « Ils jouent un théâtre sans spéctateurs ! » Il pense, et puis il crie : « Ils jouent un théâtre sans spectateurs ! » « Mais non, jeune homme, vous êtes leur spectateur »,dit un vieux monsieur debout pas loin de lui qu’il a négligé tout à l’heure. « Moi ? Mais qui êtes vous ? » « C’est moi qui a créé le scénario du théâtre. » « Ah, c’est vous !C’est vous ! » « Calmez-vous, jeune homme. Vous n’êtes pas le premier qui s’en fâche. La semaine dernière, un certain Malraux est venu ici. Il était prêt de se jetter dans le noir. Mais à la fin, il a participé à mon théâtre. Je sais qu’il joue et qu’il s’amuse bien. Les autres, ils ont souvent de la joie ou de la peine parce qu’ils ne jouent plus mais vivent leur rôle... Enfin, on se trouve sur une scène, on n’a aucun autre endroit qui retient notre corps. Sur une scène, on n’a besoin que des acteurs et les spectateurs sont des gens de trop. » « Alors, je suis quelqu’un de trop ? » « Vous ne sentez pas ? » « Si... Et vous ? Vous êtes aussi un acteur ? » « Ha ha, j’enseigne dans le théâtre sur comment être un bon acteur. Ils m’appellent Maitre Confucius. Mon cours commence bientôt, vous ne venez pas ? » « Je vous remercie, mais je ne veux pas. J’ai vu le théâtre et je l’a trouvé un peu ennuyeux. » « Quel homme franc que vous êtes ! Tant pis. Vous ne trouverez pas de place dans mon théâtre.Alors, qu’est-ce que vous faites ? » « Moi, je veux écrire aussi un théâtre, plus intéressant que le vôtre. » « Bon courage alors. » « A propos, qui est le monsieur à côté d’un grand vieux arbre ? Lui, il n’est pas un acteur, je crois. » « Ha, c’est mon vieux ami Zhuangzi. Il est quelqu’un que j’admire sincèrement. Nous tous, nous agissons, sinon, nous ne savons pas comment passer le temps. Lui, il préfère le non-agir. Bien sûr, il dispute avec moi de temps en temps, mais la plupart du temps, il dort et il rêve. Je n’y arrive pas, moi. » « Ah, j’ai cru que c’était un fou...»

Quand Neige rencontre Sartre, il est en train d’écrire.
« Qu’est-ce que vous écrivez, Monsieur ? »
« Premièrement, on n’a qu’une scène. Deuxièmement, on est sur une scène sans spectateurs. Troisièmement, ce qu’on joue maintenant est ennuyeux.Il faut l’arrêter. »
« Et puis ? »
« Et puis... il y aura un nouveau théâtre écrit par moi! »
« Alors, il faut que j’attende pour combien de temps ? »
« Je ne sais pas encore, mais je l’écrirai ! Si tu n’as rien d’autres à faire, tu peux accompagner un peu Zhuangzi. N’entre pas dans le théâtre de Confucius ! Tu vas perdre ta liberté ! Dans mon théâtre, chacun est libre.»
« Si chacun est libre, à quoi sert le scénario ? »
« Il y aura une solution, hein... »
« D’ailleurs, j’ai accompagné Zhuangi pendant quelque temps. »
« Ah bon ? Vous vous entendez bien ? »
« Oui, j’ai fait beaucoup de rêves. Mais je me suis ennuyée à la fin. J’ai besoin d’agir. »
« Confucius a raison : le plus difficile, c’est le non-agir...alors, qu’est-ce que tu fais ? »
« J’ai décidé d’entrer dans le théâtre de Confucius bien que je l’aie trouvé aussi ennuyeux. Mais il faut essayer par soi-même pour dire s’il est vraiment ennuyeux ou pas. D’être acteur est différent que d’être spectateur. »
« Bon courage alors. »
« Bon courage à vous. »

Dans le théâtre, on est pendant le fête du printemps de 2008. Tout le monde sourit.

(Je n'aime pas Confucius depuis longtemps, mais je ne cesse pas à penser à lui ces derniers jours...)

2 评论:

Io Kanaan a dit…

J'aime monter sur la scène de ce vieux théâtre, mais je ne suis pas un grand acteur comme Confucius, Malraux, Zhuangzi ou Sartre. Je n'arrive pas bien à suivre le scénario, je préfère raconter ce que j'ai lu dans des livres, ou même, dans des dictionnaires. Bon, les théâtres ont besoin de toutes sortes d'acteurs, pas seulement des très grands!

Jean-Baptiste a dit…

D'après un texte plutôt récent, le monde n'est pas un théâtre d'acteurs, mais de marionnettes.

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