mardi 29 janvier 2008

Vivre et raconter

J’ai tenu l’habitude d’écrire des journaux intimes pendant un an et demi, Florence aussi. Comme on avait suivi les mêmes cours, lu les mêmes livres, regardé les mêmes films...ça nous a fait grand plaisir de faire connaître nos journaux l’une à l’autre : une vie pareille en apparence peut se refléter différemment sur deux âmes. J’ai choisi, par exemple, le page du 23, avril et j’ai lu ce que j’avais écrit à ce jour-là, et puis Florence m’a fait écouter ce qu’elle avait écrit au même jour, si elle avait écrit et qu’il n’y avait pas de quoi trop intime. La lecture réciproque a duré plus d’une heure, ou quelques heures, je ne me rappelle plus, mais on a l’impression que les miens étaient assez calmes et les siens souvent drôles et gais. Ca m’a bien étonnée parce que dans la vie, si on demandait à une de nos camardes de dire l’impression que nous deux lui donnaient, elle répondrait probablement : Neige est, bien sûr, sportive, gaie et dynamique, Florence, elle, calme et tranquille ! Entre la vie et les mots à soi, où se trouve sa vraie personnalité ? Ou on a tous une multipersonnalité dont les aspects peuvent être même contradictoires ? De toute façon, quand je suis seule, je ne sais pas comment être drôle et gaie.
Plus tard, j’ai commencé à tenir un blog français. Quelquefois, j’écrivais en riant moi-même, à cause des choses drôles, ou en pleurant, à cause des choses tristes. Ca m’a étonnée encore une fois, parce que dans la vie, quand j’avais vécu ces choses-là, j’avais été, souvent, plutôt calme jusqu’à ennuyée. Pourquoi cette différence ? Je n’ai rien inventé d’ailleurs, dans l’écriture. Le résultat : les mots, me semble-il, trompent. Et je ne sais pas pourquoi.
Dieu merci. C’est cet après-midi, en lisant la Nausée de Sartre où « Je » cherche la possibilité de l’existence des aventures dans la vie, que j’ai découvert le secret des mots où se passent des histoires.
Je résume ce qu’il dit (comme ce que j’ai lu était en chinois, je le traduit du chinois en français, ce qui peut fausser le texte original) ici: Il faut et il suffit de raconter une chose banale pour la rendre magique. Il faut faire un choix : vivre ou raconter. Quand tu vis, rien ne se passe véritablement. Les jours se suivent l’un après l’autre, sans raison. C’est une addition infinie et monotone. Ca, c’est la vie. Mais quand tu la racontes, tout change. L’événement se passe dans une direction et on raconte dans une direction inverse. Il semble que tu racontes par le début, mais en fait, tu commences par la fin. C’est la fin, invisible et pourtant présente, qui donne la valeur et l’exagération au début. Tout ce qu’on raconte au début sont des signes de l’aventure qui va venir, comme si le héro n’a vécu que ces signes et pu négliger tout ce qui n’avait rien à voir avec l’aventure, mais en fait, quand il a vécu sans prévoir rien dans la vie où l’avenir n’était pas encore arrivé, il ne pouvait pas faire des choix entre tous les détailles de la vie monotone et en désordre où se cachaient des aventures.(dans un chapitre de Samedi, à midi)
Je m’arrête. Et je me dis :
Si Sartre était dans ma vie, je serais tombée amoureuse de lui peut-être...Un homme intelligent et éloquent peut être très charmant.

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A Xiao-bob,
Quand les gens se rencontrent pour la première fois, l'apparence physique est très importante, mais après, avec le temps, elle occupe une place de moins en moins importante dans la relation approfondie. Puisque même une belle création peut ennuyer, si on la regarde tous les jours et tout le temps. Et un être laid peut devenir ordinaire et même beau quand on s'habitue à le voir en découvrant son charme particulier.Pour moi, je peux aimer un garçon assez ordinaire, même un peu laid, mais je ne veux sûrement pas faire un enfant avec lui, parce que là, il faut être responsable des choses qu'on crée. Si on crée un enfant laid, il en souffrira, et il n'y pourra rien. C'est déjà une chose bizarre et douleureuse pour lui de venir sans sa permission dans ce monde avec la mort qui l'attend, pourquoi on le donne encore une physique laide?Ce serait injuste pour lui. D'ailleurs, c'est pour l'amélioration de l'espèce humaine. Dans ce sens, que Sartre n'ait pas d'enfants est une bonne chose à mes yeux. Personnellement, comme je ne suis pas très belle moi-même, je doute souvent que je vais avoir un enfant avec qui que ce soit. Je suis une terrible parfaitiste, c'est vrai.
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Merci pour les liens, Jean-Baptiste , je vais les lire.

6 评论:

xiao-bob a dit…

Neige, Sartre était tout petit, 1,52 M et il louchait horriblement (strabisme divergeant)
Sinon il devait être passionnant

liveievol a dit…

Il me semble gue cette idee de Sartre n'est pas nouvelle: Je raconte (c'est penser avec la langue ou sans lui), donc je suis.

Jean-Baptiste a dit…

Voici d'intéressantes remarques de
Frédéric Keck sur l’aventure de l’ordinaire et un texte par Anne Bérélowitch sur l'infra-ordinaire. Il y a vraiment une magie du banal et de l'ultrabanal.

Jean-Baptiste a dit…

Rectification du lien pour Bérélowitch

Brigitte Bardot a dit…

Je me souviens de Jean-Paul Sartre. Je lui avais dit, en plaisantant, que si nous avions un enfant ensemble, il pourrait être beau comme moi et intelligent comme lui. Mais il avait aussitôt répondu: ah non, Madame, imaginez la catastrophe s'il était intelligent comme vous et beau comme moi!

Jean-Paul Sartre a dit…

Sur ces questions, j'ai vu une belle citation sur le blog de François Prost. Vraiment, lire, raconter et vivre sont des sources d'émerveillement. Brigitte, j'espère que tu as compris que pour l'enfant, je plaisantais, moi aussi.

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