dimanche 27 janvier 2008

Trois buts de la vie

L’autre jour, quand il a dîné avec moi, le financier m’a dit : « J’ai trois buts de la vie : le premier, c’est d’avoir deux enfants avec ma femme ; le deuxième, c’est d’écrire un livre que tout le monde mettrerait sur sa table de nuit ; le dernier, c’est d’accroître de 100 fois mes biens. »
Pour le premier, un peu urgent avec son âge, malheureusement, lui seul n’arriverait pas à atteindre ce but. « Je veux deux garçons. » « Oh la la. Pourquoi pas une fille ? » « Je ne veux pas une fille parce que je ne sais pas comment l’éduquer. Homme que je suis, je sais que pour un homme, il peut faire ses efforts pour réussir : au pouvoir, à l’argent, aux femmes. Mais pour une femme, même si elle a réussi, quelle signification que le succès aurait pour elle ? Ma femme, elle avait eu envie de devenir scientifique, qui était le but de sa vie, et puis on s’est mariés, elle m’a dit que ça n’avait plus beaucoup d’importance et qu’elle se contentait d’avoir un travail intéressant et d’avoir des amies. » « Tu lui as apporté du bonheur, semble-il. » « Peut-être, je ne sais pas, mais elle est satisfaite..enfin, je ne comprend pas les femmes. »
Pour le deuxième, le livre qu’il voulait écrire semblait sur le destin personnel. Et j’ai perçu un tout petit peu pendant les deux heures où il me donnerait le cours dans son bureau. Un destin décidé par neuf éléments quoi. « Il y a déjà trop d’ordures dans les librairies », m’a dit-il (ça, j’étais d’accord ), « ou bien je n’écris rien, ou bien j’écris un seul livre de vraie valeur. » (mais je doutais beaucoup qu’il y aurait des gens qui voudraient mettre son livre sur leur table de nuit...)
Le dernier but était aussi important puisque c’était la preuve de sa compétence professionnelle.
« Ces trois buts, le premier n’est qu’une tâche, avec les enfants, je m’amuserais, mais je ne pourrais me réaliser que dans les deux derniers», a conclut-il.
Alors toi ? Quels sont les buts de ta vie ?
Il m’a lancé cette question et je n’ai trouvé rien pour y répondre. La tête me tournait : ou bien je ne comprenais rien à la question, ou bien je cherchais en vain la réponse, ou bien tous les deux...De toute façon, j'enviais cet homme en face de moi qui pouvait parler précisément des buts de sa vie.
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Mais ce qui me trouble, c'est pourquoi il faut devenir "mature", puisque la maturité a son prix...
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A Ben,
Pourquoi je l'envie? Parce que la vie lui est compréhensible et accessible avec des buts, quels buts que ce soient.
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Merci Ben, pour la citation de cette partie de Zhuangzi que j'aime beaucoup. Si je suis xxxiste, ce serait bien Zhuangiste: ) Enfin, qu'on soit tous à l'aise où on peut l'être!

4 评论:

liveievol a dit…

You are really a diligent writer and thinker! Another piece during such a short space of time. Quite coincidentally, today i heard my mentor here saying that a man might get really "mature" only after three experiences: the first one is courtship and getting married, an important choice and turning point which will exert a life-long influence upon his life, which will bring him not only love, but the tolerance and respect for another way of living and thinking due to the love; the second one is the moment when he becomes a father, actually, in my term, to be "fathered" into a father, who comes to know what the real meaning of that word, "responsiblity", is; and the last one, is being a leader, expecially a successful one, who can be honed and hammered into somewhat a "comprehensive soul", or a wise man, who sees and deals with the world with the "Golden Mean", never going to the extremes.

Ben a dit…

Zhuangzi ( II, 6) rapporte que Qu Quezi a entendu son maître dire la chose suivante: "Les personnes avisées ne poursuivent aucun but, ne recherchent pas l'utile, ne fuient pas le nuisible, n'aiment pas demander, ne suivent pas de méthode, parlent en se taisant, se taisent en parlant, naviguent au-delà de notre monde de poussières." Mais, ajoute Zhuangzi, même Confucius et l'Empereur Jaune sont restés perplexes devant ces paroles. Pourquoi envier un homme qui peut parler des buts de sa vie? Surtout lorsque son but suprême est la richesse. "Rien ne nuit plus que la richesse. Le riche s'assourdit les oreilles et s'empiffre de vin et de viandes savoureuses, on peut dire que sa vie est désordre. Le riche se gave au point de haleter comme s'il portait un lourd fardeau. On peut dire que sa vie est pénible. Il recherche l'argent et recueille la crainte. Il recherche le pouvoir et recueille l'épuisement. Qui vit dans l'oisiveté s'y noie. Qui se plonge dans le confort en est esclave. On peut dire que sa vie est maladie... Lorsque le malheur arrive, ce qui lui reste de naturel et l'épuisement de toute sa fortune ne peut lui rendre une seule journée de tranquilité. Il n'obtient ni le renom ni le profit qu'il cherchait. Cmplètement fou, celui qui enchaîne son esprit et ruine son corps pour en arriver là!"( Zhi le voleur, 3 )

ton illusion a dit…

Je suis d'accord avec Ben et avec Zhuangzi pour dire que c'est vraiment illusoire de se cramponner à un but ou à plusieurs buts. Il vaut mieux prendre les choses comme elles viennent, sans leur donner trop d'importance. Mais chacun agit selon son caractère, cela ne se commande pas.

Ben a dit…

Tout à fait. Et il serait tout aussi illusoire de croire que nous sortons de l'illusion en renonçant à nous cramponner à un but, parce que ce serait se cramponner au but de sortir de l'illusion. "Nous ne savons pas que nous rêvons lorsque nous rêvons et nous interprêtons nos rêves en rêvant. C'est seulement au réveil que nous apprenons que nous rêvions. C'est seulement au grand réveil que nous apprendrons que nous faisons un grand rêve. Le sot qui se croit éveillé croit distinger un prince d'un berger. Quelle prétention! Confucius et toi ne sont que des rêves, et moi qui te dis que tu es un rêve suis aussi un rêve." ( II,6 )
C'est pourquoi les "personnes avisées" "ne se croient pas pures, même lorsqu'elles ont renoncé à l'Empire. La réalité de la pureté et de la cupidité ne vient pas de pressions extérieures mais se mesure par l'examen de son for intérieur... Une personne avisée est à l'aise là où elle peut être à l'aise, n'est pas à l'aise là où elle ne peut pas être à l'aise. Le vulgaire veut être à l'aise là où il ne peut pas être à l'aise, et n'est pas à l'aise là où il pourrait être à l'aise." ( 32, Liezi )
Se donner des buts n'est donc nuisible que si c'est vouloir être à l'aise là où on ne peut pas l'être ( être père de famille, écrivain renommé, riche et en même temps rester insouciant. Comment un financier pourrait-il rester insouciant quand la bourse de Shanghaï ne cesse de plonger? ). Mais il peut être tout aussi malaisé de ne pas s'en donner ( être face à une vie incompréhensible et inaccessible ). Mais je crois qu'une personne de qualité, comme nous le sommes tous, est plus facilement à l'aise là où une personne avisée peut l'être que là où personne ne peut l'être.

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